Cap au large

le 23/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Les sociétés de gestion françaises n’ont pas le choix. Telle est la déprime de leur marché intérieur, après des années de souscriptions nettes négatives, et la pénétration de l’Europe par les acteurs étrangers, que le salut passe, pour les acteurs d’une certaine taille, par l’international. Précipitée par l’avènement du passeport Ucits, la partie est bien engagée. Partout, la mutation est à l’œuvre (lire pages 20 à 22) : l’objectif n’est plus simplement de produire mais de rationaliser les gammes - car le succès à l’étranger passe par des fonds de grande taille -, de valoriser sa marque, de réduire les coûts, enfin de se doter d’une distribution puissante qui ne saurait borner à l’Europe son horizon. Les résultats commencent à poindre : le montant des capitaux gérés en France pour le compte de clients étrangers atteint 13 % des encours ; des leaders imposent leurs marques dans le monde entier, comme Carmignac, où ce taux atteint 75 %, ou Amundi, à la stratégie planétaire. Pour autant, cette expansion souffre encore de trop de freins.

L’un d’eux tient à l’avantage qu’a su prendre le Luxembourg. Le Grand-Duché a fait de l’industrie des fonds d’investissement un pilier de son économie, s’érigeant en passage obligé sur la route des investisseurs mondiaux (lire pages 32 à 34). Ses principales spécificités, comme la Sicav à compartiments - qu’une promotion systématique a fini par identifier au label Ucits - ou l’agent de transfert, plus simple que le recours à un dépositaire central, procèdent d’un souci de souplesse que les acteurs français se désolent souvent de ne pas trouver au même degré sur les bords de la Seine où le régulateur a toujours privilégié le critère de la sécurité de l’investisseur. La critique n’est pas sans portée même si elle doit être relativisée : car l’obsession sécuritaire n’est pas forcément synonyme de procédures lourdes et coûteuses ; et elle peut se révéler payante dans la durée en évitant à Paris des affaires du genre Madoff ou, plus récemment, les polémiques mettant en cause le laxisme supposé du régulateur luxembourgeois, comme c’est le cas dans une affaire touchant la société Petercam. La concurrence acharnée dans l’industrie de la gestion peut conduire à des erreurs. L’Irlande ou le Luxembourg n’en sont pas à l’abri.

Pour l’industrie de la gestion, le vrai péril est ailleurs. Il réside dans l’instabilité fiscale chronique dont souffre la France en matière d’épargne et de patrimoine. Que l’Etat veuille promouvoir sa Place d’un côté, et se faire le champion d’une taxe sur les transactions financières de l’autre est, en particulier, incompréhensible. Cette schizophrénie est le plus sûr moyen de tenir les étrangers à l’écart d’un marché français qu’ils auraient vocation à renforcer, voire de conduire les acteurs nationaux à délocaliser. Certains d’entre eux ont déjà signalé que ce risque est désormais imminent.

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