L'avis de... Chantana Sam, stratégiste crédit d'Axa IM

« C’est un marché pour pessimistes »

le 03/02/2011 L'AGEFI Hebdo

Quelle est la qualité de l’information véhiculée par le marché des « credit default swaps » (CDS) souverains ?

Tout dépend des cas de figure. Mais il faut bien voir que les volumes sur les marchés des CDS souverains sont faibles. C’est un marché illiquide, immature, avec à peine deux ans d’existence pour les souverains de la zone euro et qui, à vrai dire, n’a pas beaucoup de sens pour les grands émetteurs comme les Etats-Unis ou l’Allemagne. Que veut dire se couvrir contre un défaut des Etats-Unis ? De plus, le marché des CDS est volatil et spéculatif par nature et il ne reflète pas avec précision les fondamentaux d’un pays. Dans la majorité des cas, c’est un mauvais indicateur avancé.

On accuse les CDS d’avoir précipité l’an dernier les crises grecque et irlandaise et d’accentuer le trait en période de stress…

C’est justement le cas précis où les CDS ont piloté le marché cash, les taux longs et le spread avec le bund. Il y avait une forte corrélation du CDS avec les spreads. Dans l’exemple de l’Irlande, le CDS s’est tendu vers le milieu de l’année. Il a annoncé la crise bien avant le marché cash. Mais ce sont des exemples isolés. Il faut éviter de surinterpréter ce marché. Il existe des guides plus fiables pour les taux longs comme le fly-to-quality ou l’inflation. De plus, on constate depuis novembre dernier et le règlement de la crise irlandaise que le marché cash ‘drive’ à nouveau les spreads puis les CDS. Typiquement, le CDS est facile à utiliser pour être négatif sur un souverain. C’est un marché pour pessimistes et donc pour des situations potentiellement porteuses de stress.

La forte dégradation du CDS de la France en 2010 a-t-elle une signification ?

Elle correspond à un point de vue exprimé par certains investisseurs. C’est un sentiment de marché qui estime que l’engagement de la France à réduire les déficits publics n’est pas aussi franc et aussi net qu’il le faudrait. Cela dit, le spread OAT-Bund ne s’est pas du tout écarté dans une proportion analogue. Donc la majorité des investisseurs garde confiance dans les titres publics français.

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