L'avis de... Eric Chaney, chef économiste du Groupe Axa

« C’est à la BCE d’intervenir »

le 06/10/2011 L'AGEFI Hebdo

L’activité économique se dégrade rapidement aux Etats-Unis et en Europe. Selon vous, l’économie mondiale peut-elle de nouveau tomber en récession ?

Non, je ne crois pas à un global double dip, à une rechute de l’ensemble de l’économie mondiale. Ce que subit actuellement l’économie américaine est temporaire et ne débouchera pas sur une récession. En revanche, pour l’Europe, la récession est déjà une réalité, tout particulièrement pour le secteur manufacturier. Le comportement des entreprises et leur préférence pour la liquidité sont tout à fait symptomatiques d’une défiance à l’égard du secteur bancaire. Elles veulent gérer leur cash elles-mêmes et pour être certaines de ne pas en manquer, elles réduisent leur production pour générer de la liquidité.

Faut-il y voir un signe de restriction du crédit, de « credit crunch » ?

En zone euro, 60 % du financement de l’économie passe par le crédit bancaire. Seules les grandes entreprises cotées peuvent accéder à du financement de marché. Pour les entreprises moyennes et à plus forte raison pour les plus petites, le crédit bancaire est le passage obligé. Je pense que nous sommes dans un credit crunch et pas seulement pour des raisons d’adaptation aux nouvelles règles de Bâle III en matière de fonds propres et de ratios de liquidité. Il suffit de regarder les CDS (credit default swaps, NDLR) bancaires en nette hausse en raison de la crise des dettes souveraines. Ils témoignent de la perte de crédibilité des banques, ce qui va les amener à être plus restrictives en matière de distribution de crédit. D’ailleurs, les derniers chiffres de la Banque centrale européenne (BCE) montrent une forte baisse des flux de crédit aux entreprises ainsi qu’aux ménages, et les enquêtes auprès des entreprises indiquent qu’un resserrement est en cours. Cela dit, la situation dans la zone est hétérogène. A une extrémité, vous avez l’Espagne où les entreprises sont privées de crédit et où leur taux de faillites augmente. A l’autre extrémité, vous avez l’Allemagne où les Sparkassen continuent de financer les entreprises comme elles l’ont toujours fait, c’est-à-dire quasiment sans leverage.

Comment contrecarrer ce phénomène ?

C’est à la BCE d’intervenir en agissant à la fois sur l’offre et la demande de crédit. D’un côté, la banque centrale peut allonger la durée des opérations de refinancement des banques au-delà d’un an, rouvrir son programme d’achats de covered bonds qui sont devenus une forme privilégiée de financement des banques et pourquoi pas se lancer dans des achats de dettes bancaires, senior unsecured. Côté demande, face à des économies en récession, il devient urgent de faire pression sur les taux longs. En zone euro, le taux moyen pondéré à 10 ans est de 4 %. Il faut le faire baisser.

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