Une bulle de la peur se forme sur plusieurs dettes souveraines

le 07/06/2012 L'AGEFI Hebdo

La panique des investisseurs emmène les rendements des titres d’Etat du « cœur » de l’Europe et des Etats-Unis vers des records historiques à la baisse.

Depuis quelques semaines, les marchés obligataires souverains des pays considérés comme sains sont sujets au syndrome valeur refuge dans sa version « tous aux abris ». C’est la marque du désarroi des investisseurs face à la crise des dettes publiques des pays du sud de l’Europe et à l’absence criante de stratégie politique pour y remédier.

Le rendement du Bund a décroché par paliers de 10 points de base (pb) pour atteindre 1,13 % le 1

er juin (1,19 % le 5 juin). Le rendement du 2 ans allemand s’est écrasé et est porté disparu. Le « 10 ans » néerlandais suit à distance autour de 1,50 %, un niveau incroyable pour un pays en récession et confronté à une crise politique. Le T-Note américain (1,45 % le 1erjuin) a atteint un plus bas historique depuis soixante ans. Au tableau des records, il est devancé par l’emprunt d’Etat britannique, le Gilt, qui offre le rendement le plus faible depuis son origine... il y a 260 ans, a recensé Bernard Aybran, stratégiste chez Invesco.

Le vent de panique souffle jusqu’au Japon où le rendement du JGB à 10 ans, pourtant spécialiste des bas fonds, a atteint son plus bas depuis 2003 à 0,80 %. Que dire de la courbe des taux suisse installée en intégralité sous le seuil de 1 % (voir le graphique) ? A 2,11 % (2,28 % le 5 juin), l’OAT française fait un pied de nez aux menaces de dégradation par les agences de notation. La liste des curiosités serait incomplète sans évoquer, à l’autre bout de la courbe allemande, le « 30 ans » passé sous son homologue japonais.

« Nous sommes face à des flux en sens unique, des sorties massives de capitaux des pays dits périphériques de la zone euro qui se dirigent vers les pays du ‘centre’ de la zone euro », explique Andreas Höfert, chef économiste d’UBS Wealth Management. « Plus que jamais, les investisseurs sont dans une logique stricte de retour du capital et plus du tout d’un retour sur capital, note Frédérik Ducrozet, économiste zone euro de Crédit Agricole CIB. La sortie de la Grèce de la zone euro n’est plus un scénario de science-fiction, et comme nombre d’assureurs et d’institutionnels sont contraints de détenir des actifs en euros, ils vont jusqu’à accepter des pertes en capital sur des maturités courtes comme le ‘2 ans’ allemand. La détérioration de la confiance des investisseurs est telle qu’ils ne raisonnent plus en termes de rendement. »

Pourtant, l’engouement pour des titres publics considérés comme sûrs repose « sur un mythe, considère Andreas Höfert. Celui de la sécurité totale. Certes aujourd’hui, les craintes sont du côté de la déflation. Mais les politiques monétaires menées aux Etats-Unis comme en Europe sont largement inédites et leurs effets inconnus. Rien ne dit que les autorités monétaires auront les capacités de gérer la sortie de ces politiques sans accrocs. Le risque inflationniste n’est pas lointain, il est latent, et son potentiel est en train de se bâtir ».

Dans l’immédiat, les agences chargées d’émettre la dette des Etats du « noyau dur des bien notés » se frottent les mains. Les gouvernements vont pouvoir réduire leurs prévisions de charge de la dette. Avec la crise économique et financière de la zone euro, tous les pays ne sont pas perdants, du moins pour l’instant...

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