La bulle sur l’or se dégonfle progressivement

le 21/03/2013 L'AGEFI Hebdo

Les investisseurs délaissent le métal jaune pour les actifs plus risqués, mais les politiques des banques centrales soutiennent les cours.

La bulle sur l’or se dégonfle progressivement - Photo : Bloomberg

Le marché de l’or pourrait bien se retourner en 2013, après douze années de hausse, prévoient la plupart des analystes. Le second fixing de Londres s’est établi à 1.595,5 dollars l’once le 15 mars, en baisse de 6 % sur 3 mois et de 10 % sur 6 mois, loin désormais du record de 1.896,5 dollars atteint le 5 septembre 2011. Goldman Sachs a revu sa prévision à un an du cours sur le Commodity Exchange (Comex) à 1.550 dollars, contre 1.800 dollars précédemment. Credit Suisse, Barclays, Société Générale, Natixis, BNP Paribas, entre autres, prévoient un prix moyen en 2014 inférieur à celui de 2013. « Le marché de l’or connaît une bulle et les conditions suffisantes à son éclatement apparaissent, expliquent les analystes de Société Générale. Le 'rally' des cinq dernières années a été tiré par la crainte que l’assouplissement quantitatif agressif des banques centrales ne produise une inflation très élevée. Mais l’inflation est restée très faible, et on commence à voir les conditions macroéconomiques qui justifieraient la fin de l’assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale américaine. » Les minutes des deux dernières réunions de son Comité de politique monétaire (FOMC) indiquent que certains de ses membres envisagent en effet la fin de la politique de rachats d’actifs.

Moins d’achats par les particuliers

Les indicateurs économiques meilleurs que prévu aux Etats-Unis ont aussi poussé le dollar à la hausse contre un panier de devises. L’indice DXY a gagné 4 % depuis mi-septembre. Or une appréciation du billet vert rend les matières premières libellées en dollars plus chères pour les investisseurs d’autres pays.

Ces dernières semaines, les investisseurs se sont donc détournés du métal jaune comme des autres actifs refuges. Les stocks détenus en garantie par les ETF (exchange-traded funds) indexés sur l’or ont fondu de 160 tonnes depuis le début de l’année (à 2.470 tonnes le 15 mars), selon Bloomberg. Au quatrième trimestre 2012, le hedge fund de George Soros a continué à réduire ses parts dans le plus grand d’entre eux, le SPDR Gold Trust de State Street, et celui de Louis Moore Bacon les a toutes liquidées. Ces exemples risquent de faire des émules, puisqu’un certain nombre de parts achetées depuis septembre, correspondant à 170 tonnes d’or, sont désormais en perte, selon les analystes de Credit Suisse. Sur le Comex, les fameux « money managers », catégorie qui inclut les hedge funds, ont aussi ramené leurs positions acheteuses nettes à 43.195 contrats le 12 mars, un niveau historiquement bas (voir le graphique). Or « sans les investisseurs, le marché est largement excédentaire, préviennent les analystes de Société Générale. Ils doivent acheter 1.800 tonnes par an afin de l’équilibrer. »

Du côté des investisseurs particuliers, Chinois et Indiens qui sont de gros consommateurs pourraient aussi diminuer leurs achats de métal précieux. « Avec les marchés actions et immobilier qui s’améliorent et le prix qui baisse, les investisseurs chinois pourraient perdre leur enthousiasme pour l’or en tant qu’investissement », estime Bernard Dahdah, analyste de Natixis. En Inde, le gouvernement a augmenté les droits de douane sur les importations d’or de 4 % à 6 % en janvier, parmi d’autres mesures prises afin de réduire le déficit de la balance courante.

Assouplissement quantitatif

Cela dit, le marché de l’or, plutôt en hausse ces derniers jours, n’a pas dit son dernier mot. « Pour qu’il s’oriente structurellement à la baisse, il faudrait une augmentation plus significative des taux d’intérêt réels à court et long terme, une chute plus convaincante de la prime de risque des actions américaines et une appréciation du dollar à long terme », précise Michael Lewis, analyste de Deutsche Bank. Surtout, les programmes d’assouplissement quantitatif ne sont pas terminés, et les craintes d’inflation ont toujours cours. C’est d’ailleurs la raison avancée par John Paulson pour maintenir les positions de ses fonds sur l’or, malgré les pertes enregistrées récemment. « Nous sommes sur le point d’assister à la troisième phase du grand assouplissement monétaire, abondent les analystes de Morgan Stanley. Cette phase provient des inquiétudes des banquiers centraux concernant l’appréciation excessive des monnaies face au yen. Dans cet environnement, la priorité de la politique monétaire est d’éviter une appréciation excessive du taux de change et d’alléger le poids de la dette publique et privée. » Certains analystes, comme Anne-Laure Tremblay chez BNP Paribas, s’attendent d’ailleurs à un léger rebond au second semestre, sans toutefois que le prix de l’once retrouve les 1.800 dollars.

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