Bruxelles prépare le retour en grâce de la finance

le 20/03/2014 L'AGEFI Hebdo

Après des années de renforcement des règles prudentielles, le financement de l’économie s’annonce comme le leitmotiv de la prochaine Commission.

Cela aura été l’un des derniers actes forts du commissaire au Marché intérieur. Le livre blanc sur l’investissement de long terme, qui sera adopté le 27 mars par la Commission, ressemble, certes, à un inventaire à la Prévert mais le message est clair. Placement privé, crowfunding, règles de liquidité des banques, normes comptables, taxation de l’épargne : il y en a un peu pour tout le monde. « Nous sortons d'un long cycle dominé par le renforcement des règles prudentielles. La crise avait montré à quel point cette tâche était urgente. Maintenant que les conditions d'une régulation satisfaisante des acteurs et des services financiers sont rétablies, la priorité doit être de mettre de l'huile dans les rouages du financement de l'économie », explique Michel Barnier. Et pour cela, « nous avons besoin de tous les acteurs : les banques comme les Bourses, les investisseurs institutionnels comme les fonds ».

L'Europe  « a besoin des marchés »

Un message bien reçu par l’industrie. « L’Europe doit retrouver la croissance. Et elle a besoin de marchés financiers plus vastes et plus liquides pour la financer. Ce n’est pas seulement vrai pour les actions, mais aussi pour les titres. Sur les marchés obligataires, la liquidité, la transparence et l’accès doivent être améliorés tant pour les sociétés que pour les entités publiques », explique à L’Agefi Christian Katz, président de la Fédération européenne des Bourses (FESE) et directeur général de Six Swiss Exchange.

Après une phase de stigmatisation, les marchés de capitaux apparaissent comme un moyen de sortir l’économie européenne de sa torpeur. Aux Etats-Unis, la capitalisation boursière représente 136 % du PIB, contre 55 % en Europe. Sans forcément épouser le modèle américain, l’Europe aurait intérêt à sortir du modèle de l’intermédiation. Une augmentation de la taille des marchés obligataires et d’actions d’un tiers pourrait générer à long terme 20 % de croissance, selon une étude publiée le 20 mars par l’Alternative Investment Management Association (AIMA). Et les gestionnaires de fonds de plaider la cause des… fonds de pension. Une croissance de 10 % de leur taille permettrait de faire croître de 7 % les marchés actions.

La FESE publiera en juin un « Blueprint Agenda » qui ressemble à un programme d’action pour la nouvelle Commission européenne. En même temps, elle prépare le lancement d’une « IPO task force ». Les Bourses aimeraient définitivement tirer le rideau sur la crise et l’image déplorable du secteur financier. « Ces dernières années, l’accent a été mis sur le trading. Nous avons perdu de vue la fonction première des marchés réglementés qui est le financement de l’économie. Il faut la remettre au centre de notre activité », explique son président. Le retrait des investisseurs des marchés actions, en partie à cause des règles prudentielles qui favorisent les obligations d’Etat, est substantiel. La part des actions dans les portefeuilles d’actifs est passée de 37 % à 29 % entre 2000 et 2010 pour les ménages, et de 39 % à 27 % pour les assureurs.

Standards de titrisation

 

Ces recommandations ont été entendues même si, agenda politique oblige, elles devront être reprises par le nouvel exécutif avant de se concrétiser. La direction générale du Marché intérieur travaille sur des standards de titrisation de « haute qualité » afin de nouer un lien entre intermédiation et financement de marché et de soulager les bilans bancaires. Ces travaux achoppent toutefois sur la difficulté de packager correctement les prêts aux PME. Bruxelles souhaite aussi réviser le traitement des covered bonds dans la réglementation prudentielle bancaire.

D’autres recommandations de l’industrie risquent d’avoir plus de mal à trouver un écho favorable. « Les sociétés cotées sont trop souvent utilisées comme un instrument d’expérimentation sociétale. Or l’excès de réglementation décourage les IPOs et incitent les sociétés à se retirer de la cote », explique par exemple Christian Katz, qui regrette le penchant des dirigeants politiques à instrumentaliser la visibilité des sociétés cotées.

Le dilemme est le même s’agissant de la protection des investisseurs. « Les exigences des prospectus doivent être justes, transparentes mais pas excessives au point de tuer l’innovation. Les formulaires d’information devraient tenir sur une feuille de papier ou un écran  », explique-t-il. Mais les tentatives d’harmonisation de l’information des investisseurs ont systématiquement débouché sur des documents à rallonge. Reste à voir comment le projet de la taxe sur les transactions financières s’inscrira dans cet agenda

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