Les BRIC se métamorphosent

le 01/03/2012 L'AGEFI Hebdo

La contribution globale du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine à la croissance mondiale va se stabiliser, selon Goldman Sachs.

Une vue de Brasilia en 2012. Le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine tirent toujours le centre de gravité du monde en leur faveur.

Les célèbres prédictions de Jim O’Neill, présentées à la communauté financière en 2001 lorsqu’il exerçait les fonctions de chef économiste de Goldman Sachs - il est désormais président de Goldman Sachs Asset Management (AM) - sont-elles en voie de réalisation ? Dans les grandes lignes, assurément, selon la mise à jour récente de ses prévisions. La banque, qui prévoit toujours que le PIB de la Chine devancera celui des Etats-Unis en 2050 (voir le graphique), note que le centre de gravité du monde continue de se déplacer en faveur des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine).

Deux vitesses

Quant à la « Grande Transformation » (the « Great Transformation ») de l’économie globale décrite il y a une décennie, elle est « allée plus loin qu’à mi-chemin ». Certes, « la progression du poids des BRIC et des pays émergents dans l’économie a encore une longue route à parcourir », estime Goldman Sachs Economics. Ses économistes s’attendent en effet à ce que la part des BRIC dans le PIB mondial passe de 25 % aujourd’hui à près de 40 % en 2050 (à comparer à 11 % en 1990), et que la participation au PIB global de l’ensemble des pays émergents atteigne 73 % en 2050, contre 50 % à l’heure actuelle.

« Mais le plus grand changement de la dernière décennie, qui est la hausse de la contribution des BRIC à la croissance mondiale, s’est déjà produit en grande partie », observe Goldman Sachs. Au cours des dix dernières années, les BRIC ont contribué à plus de la moitié de la croissance mondiale (par rapport à 23 % dans les années 90). Une telle position paraît bien difficile à dépasser maintenant. D’ailleurs, les experts de Goldman Sachs prévoient que la contribution de la bande des quatre va se consolider autour des niveaux actuels au cours des vingt prochaines années. Elle se stabilisera ensuite, par étapes, autour de 40 %. Quoi qu’il en soit, ces quatre pays moteurs demeureront une source de croissance supérieure à celle des pays développés. Cette vue d’ensemble est toutefois un peu réductrice. Elle masque l’histoire spécifique de chacun des pays. Tandis que la contribution à la croissance mondiale de la Chine devrait se stabiliser autour de 30 % dans les dix ans à venir, celle de l’Inde pourrait doubler, de 9 % aujourd’hui à 18 % en 2040-2050.

Risque politique contrariant

Entre-temps, d’autres économies émergentes vont monter en puissance, en l’occurrence les « N-11 » - ou « Next Eleven » -, explique Goldman Sachs, qui avait déjà identifié en 2005 onze pays à fort potentiel, à savoir le Bangladesh, l’Egypte, l’Indonésie, l’Iran, la Corée, le Mexique, le Nigeria, le Pakistan, les Philippines, la Turquie et le Vietnam (lire l’entretien). Force est de constater que ce diagnostic ne fait pas l’unanimité parmi les spécialistes des pays émergents. La liste établie des onze pays suscite parfois une grande perplexité. A commencer par l’intégration de la Corée. « Ce n’est plus un pays émergent. C’est un pays développé, notamment en termes de revenus des ménages », commente par exemple Thomas Gerhardt, directeur de la gestion actions marchés émergents et matières premières d’Edmond de Rothschild AM. A l’heure actuelle, le PIB par habitant de la Corée du Sud tourne autour de 30.000 dollars par an.

Autre observation, « il est impossible d’investir dans la plupart des pays cités, avertit Thomas Gerhardt. Certains sont trop risqués, tels l’Egypte, le Nigeria, l’Iran, le Bangladesh. Les barrières à l’entrée ou le risque politique sont trop importants. Qui peut deviner aujourd’hui quelle sera la santé économique de l’Egypte dans cinq ans ? Nous devons attendre que la visibilité revienne ». Et pour cause, les réserves en devises de la banque centrale égyptienne ont été plus que divisées par deux en un an (de 36 milliards de dollars en janvier 2011 à 16,3 milliards en janvier 2012) tandis que le déficit budgétaire dépasserait les 9 % du PIB. Cette situation laisse craindre que le pays ne puisse plus régler ses importations, ni maintenir son système de subvention des produits de base. « Quant au Vietnam, c’est un pays attrayant, mais les frais ponctionnés par les autorités pour y investir sont trop élevés », expose Thomas Gerhardt, qui reconnaît, cette fois comme Goldman Sachs, que le Mexique, les Philippines et l’Indonésie sont des régions à explorer et à représenter dans les portefeuilles d’actions. D’autres contrées méritent d’être mises en avant aussi, ajoute le gestionnaire d’actifs, tels le Chili, le Pérou, ou la Colombie. Dans tous les cas, « il faut se rappeler que les marchés émergents ne sont jamais totalement efficients, surtout lorsque des contrôles de capitaux sont instaurés », rappelle George Hoguet, stratégiste de State Street Global Advisors. Ce n’est pas parce que les progrès et les perspectives macroéconomiques sont alléchants que le terrain des marchés financiers n’est pas mouvant.

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