Le Brésil continue de stimuler son activité à coups de réformes

le 06/12/2012 L'AGEFI Hebdo

La croissance tarde à repartir. Les mesures de relance vont se poursuivre mais sur un ton moins dirigiste. Les concertations avec le privé reprennent.

Nous achèverons 2012 avec une économie rétablie et en croissance », a promis le ministre des Finances brésilien, Guido Mantega, qui espère que le PIB du Brésil progressera de 4 % en 2013. Le pari n’est pas gagné d’avance. La croissance de l’activité au troisième trimestre 2012, de 0,6 % par rapport au trimestre précédent, a déçu les économistes qui, dans l’ensemble, en attendaient le double. Certes, ces données publiées le 30 novembre dernier traduisent une amélioration de la conjoncture. Au deuxième trimestre 2012, l’augmentation du PIB était de 0,4 % par rapport au premier trimestre.

Remèdes de cheval

La politique de relance ambitieuse menée tambour battant par les autorités brésiliennes ne porte donc pas encore tous ses fruits. Il faudra sans doute attendre les prochains mois pour en observer l’efficacité. Elle a pourtant démarré dès août 2011, date à laquelle la Banque centrale du Brésil (Banco Central Do Brasil) a entamé son mouvement de repli des taux directeurs. En dix baisses consécutives en un an et demi, le Selic a été réduit de 525 points de base, passant de 12,5 % à 7,25 % aujourd'hui, son plus bas niveau historique. L’activité économique commençant à donner des signes de redressement, l’heure est désormais au statu quo. « Le Selic devrait rester à ce niveau au moins jusqu’à la fin de 2013, lorsque des pressions inflationnistes conduiront à nouveau à un resserrement de la politique monétaire », prévoit Alexander Gorra, directeur de BNY Mellon ARX. En parallèle, la banque centrale devrait poursuivre, si nécessaire, ses interventions afin de maintenir le real dans une fourchette allant de 2 à 2,10 pour un dollar. Dotée de réserves internationales colossales (près de 378 milliards de dollars début novembre), « elle a tout à fait les moyens de procéder à une dépréciation compétitive contrôlée afin de contrer les effets des politiques d’assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale américaine (Fed), de la Banque d’Angleterre, de la Banque centrale européenne ou de la Banque du Japon », indique Lionel Bernard, gérant actions émergentes d’Amundi.

De même, le gouvernement, qui ne manque pas de marges de manœuvre budgétaires - le surplus primaire dépasse 2 % du PIB et le ratio dette sur PIB est de seulement 50 % -, va continuer de prendre des mesures de relances ciblées. « En un an, les stimulus injectés dans l’économie brésilienne représentent déjà 1 % du PIB », calcule Lionel Bernard. Afin d’accélérer la reprise, « le gouvernement pourrait décider d'aller plus vite dans le développement des grands projets d’infrastructures (y compris les appels d'offres concernant les concessions d'aéroports et des ports à moderniser) », prévoit le gérant.

Rassurer les investisseurs

Et pour cause, le chiffre de croissance du PIB de 2013 dépendra de l'ampleur de la progression des investissements privés et directs étrangers (IDE). En effet, « la consommation, qui représente 60 % du PIB et en est sa principale composante, devrait progresser doucement, anticipe Gustavo Horenstein, gérant de fonds de fonds de Dorval Finance. Quant au dynamisme de l'export, il dépendra de la qualité du rebond chinois ».

Conscient de l'importance de la motivation des investisseurs privés et du maintien de l'afflux de capitaux étrangers de long terme, « le gouvernement devrait à l'avenir se montrer un peu moins abrupt et dirigiste dans la mise en œuvre des réformes à l'ordre du jour, notamment de celles des banques, de l'électricité et du pétrole », analyse Gustavo Horenstein. D’autant plus que l’interventionnisme qui a marqué ces derniers mois a déjà conduit à une atténuation de la progression des IDE (voir le graphique).

Illustration de la nouvelle détente de la part des autorités, la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, vient de mettre son veto à une partie du projet de loi sur la redistribution des royalties du pétrole opposant Etats producteurs et non producteurs. Autre signe d'adoucissement, le gouvernement a finalement décidé d’accroître la compensation versée aux producteurs d’électricité qui acceptent un renouvellement anticipé de leur concession sur la base des nouvelles conditions de baisses de tarifs imposées par Dilma Rousseff.

Les réformes décidées par le gouvernement brésilien ont sans conteste des vertus structurelles, favorables à long terme au développement du pays. Cependant, observe Sophie Chauvellier, gérante de fonds de fonds de Dorval Finance, « en étant imposées sans ménagement, elles créent une insécurité juridique qui éloigne les boursiers ». Aussi les spécialistes des marchés actions brésiliens restent-ils prudents, malgré les perspectives de reprise.

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