Dossier Post-marché

Les Bourses se lancent dans la bataille pour la compensation

le 17/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Leur appétit pour cette activité vise à la fois à diversifier leurs revenus et à se positionner sur le marché d’avenir des dérivés de gré à gré.

Le London Stock Exchange (LSE) s’ouvre de nouveaux horizons. Début avril, la Bourse de Londres a obtenu le feu vert d’une large majorité de ses actionnaires pour son offre de rachat de LCH.Clearnet. Une proposition de 463 millions d’euros, portant sur 50 % à 60 % du capital de la chambre de compensation, qui a également reçu le soutien des actionnaires de cette dernière. « Une opération transformante », selon Xavier Rolet, directeur général du LSE qui, depuis sa nomination en mai 2009, n’avait jamais caché nourrir « des ambitions paneuropéennes dans le secteur du post-marché ». « Le développement de capacités post-marché, particulièrement dans la compensation, est une priorité clé pour le groupe LSE », a d’ailleurs rappelé Chris Gibson-Smith, président de l’opérateur londonien dans une lettre à ses actionnaires. Cette initiative confirme une tendance de fond : l'appétit croissant des opérateurs boursiers pour la compensation, une activité placée sous le feu des projecteurs depuis la crise financière et la faillite de Lehman Brothers en 2008.

Cap sur les OTC

Nyse Euronext n’est pas en reste sur ce terrain. Fin mars, la Bourse transatlantique a annoncé son projet d’investir 85 millions de dollars au cours des deux prochaines années pour créer sa propre chambre de compensation paneuropéenne dédiée aux produits dérivés. Une démarche là aussi considérée comme sa priorité numéro un. Concrètement, à compter du premier trimestre 2014, Nyse Euronext entend centraliser toutes ses activités de compensation à Londres au sein de sa filiale Nyse Liffe Clearing en y transférant tous les dérivés négociés en Europe continentale (Paris, Bruxelles, Amsterdam, Lisbonne), jusque-là négociés par LCH.Clearnet à Paris. « C’est une très belle occasion pour mieux répondre aux besoins de nos clients, commentait récemment Dominique Cerutti, directeur général adjoint de Nyse Euronext. Quand nous disposerons de cette chambre de compensation, nous pourrons lancer de nouveaux produits et services. » Tout est dit.

L'intérêt des deux opérateurs boursiers pour la compensation - une activité jusque-là externalisée - vise à répondre au même objectif : trouver de nouvelles sources de revenus et de profits en élargissant leur palette d’offres tout en accélérant leur diversification. Un enjeu crucial à l’heure où leurs activités de négociation sur cash actions - leur cœur de métier historique - subissent la concurrence exacerbée des plates-formes alternatives (MTF) et une baisse récurrente des volumes d’échanges. A l’issue de la reprise de LCH.Clearnet, le LSE va doubler la part de ses revenus issus des métiers du post-marché, passant de 23 % à 45 % de son chiffre d’affaires global. A elle-seule, LCH.Clearnet représentera 29 % des revenus du groupe britannique.

Investir le champ de la compensation doit aussi, et surtout, permettre aux opérateurs boursiers de se positionner sur des sujets d’avenir, comme la compensation des produits des dérivés échangés de gré à gré (OTC). De fait, en s’emparant de LCH.Clearnet, le LSE met la main sur SwapClear qui concentre 50 % du marché des swaps de taux. De même, Dominique Cerutti ne cache pas son appétit pour ces produits pour justifier son projet, estimant que disposer de sa propre structure doit lui permettre de « profiter de la nouvelle opportunité que constituent les dérivés de gré à gré ». De fait, la directive Emir en Europe et la loi Dodd-Frank aux Etats-Unis ont vocation à obliger les intervenants de ce marché des dérivés OTC à passer par des chambres de compensation. Une manne considérable évaluée à 700.000 milliards de dollars, selon les statistiques à fin juin 2011 de la Banque des règlements internationaux (BRI), dont tous les opérateurs espèrent bien profiter à l’avenir. Mais la concurrence s’annonce d’ores et déjà rude, des acteurs comme CME Clearing, ICE Clear Europe ou Eurex Clearing (Deutsche Börse) disposent déjà de solides positions sur la compensation de ces produits. Des acteurs qui souhaitent d’ailleurs élargir davantage leurs palettes de services sur l’ensemble de la gamme au cours de l’année pour capter une part importante du gâteau des dérivés OTC. La bataille sur ce segment pourrait rapidement tourner à la foire d’empoigne.

A lire aussi