Dossier Energie

Les Bourses de l’électricité connaissent un essor constant

le 05/09/2013 L'AGEFI Hebdo

A l’image de ceux du franco-allemand Epex Spot, les volumes négociés sur les plates-formes d’échanges croissent depuis plusieurs années.

Tandis qu'un marché unique de l’énergie devrait voir le jour en Europe en 2014, les Bourses dédiées à ce secteur se posent comme un rouage essentiel de ce processus. « La Bourse garantit un prix fiable et transparent de l’électricité achetée et vendue, estime Wolfram Vogel, directeur des affaires publiques d’Epex Spot, opérateur spécialisé dans l’électricité. Celui qui achète a la garantie que le produit sera livré dans le marché organisé. Finalement, nous facilitons la confrontation de l’offre et de la demande. »

Apparues il y a une dizaine d’années, les Bourses dédiées à l’électricité et au gaz ont pleinement bénéficié de la libéralisation du marché de l’énergie survenue à la fin des années 90 et au début des années 2000. Depuis, le trading n’a cessé de se développer, suscitant l’appétit de nombreuses plates-formes d’échanges.

Une quinzaine d’acteurs

Une quinzaine de Bourses spécialisées dans l’électricité en Europe sont aujourd'hui dénombrées. Pionnière en la matière, Nord Pool Spot, l’opérateur scandinave créé en 1993 qui couvre également les pays Baltes, compte à son actif quelque 370 compagnies provenant de 20 pays qui échangent sur ces différents marchés. En 2012, ce sont ainsi 432 térawatts-heures (TWh, unité de mesure des échanges d’électricité, NDLR) qui ont été échangés sur sa plate-forme, contre 307 TWh en 2011. Créé en 1999, l’opérateur APX, qui couvre les marchés néerlandais, britannique et belge, n’est pas en reste : ses volumes ont progressé de 70 TWh environ en 2011 à 86 TWh l’an dernier. « Le marché ‘spot’ (échange court terme, NDLR) de l’électricité est assez dynamique, confirme Wolfram Vogel. Depuis la libéralisation du secteur, nous avons constaté une augmentation constante des volumes. Certes, depuis la crise financière, les acteurs ont été plus prudents car il était plus difficile de se couvrir à long terme. Mais cette situation a profité au marché ‘spot’ qui reste dynamique. »

Fruit du rapprochement en 2008 entre l’allemand EEX (European Energy Exchange) et le français Powernext, Epex Spot a d’ailleurs profité de l’explosion des échanges sur le marché de l’électricité. En 2012, ce sont ainsi près de 340 TWh qui se sont échangés sur sa plate-forme, contre 314 TWh un an plus tôt. De même, le nombre de ses membres a fortement bondi, passant de 183 à 205 entre 2009 et 2012. Il faut dire que, outre la France et l’Allemagne, Epex Spot couvre aussi les marchés autrichien et suisse, « soit une région qui correspond à 40 % de la consommation de l’électricité en Europe », relève Wolfram Vogel. « Il y avait un vrai intérêt à s’allier à nos homologues allemands, l’Allemagne étant le plus important marché de l’électricité en Europe et les perspectives de développement sur le marché français de l’électricité étant relativement limitées, rappelle Richard Katz, directeur des ventes chez Powernext. S’associer a permis de générer un volume plus important. Cette alliance s’inscrit surtout dans le projet de la Commission européenne d’intégration des marchés européens. »

Prestataire de services

De fait, ce marché unique de l’électricité est déjà sur les rails. Depuis novembre 2010, la région Centre Ouest Europe - c'est-à-dire la France, le Benelux et l’Allemagne - est interconnectée : le négoce boursier de l’électricité ne s’arrête plus aux frontières et l’ensemble des capacités est intégré dans les carnets d’ordres de la Bourse, assurant ainsi un meilleur fonctionnement du marché. « Ce couplage des marchés crée un effet de lissage des tarifs, ce qui fait que les prix sur les marchés de gros sont moins volatils », explique Wolfram Vogel. Ce processus ne doit pas s’arrêter en si bon chemin. « Le couplage par les prix va être élargi aux pays nordiques d’ici à fin 2013, poursuit-il. C’est la réalisation très concrète d’un futur marché européen. » Une harmonisation et une intégration croissante qui nourrissent l’appétit de développement des opérateurs boursiers. En avril 2010, la Bourse belge de l’électricité, Belpex, était ainsi tombée dans l’escarcelle de son homologue hollandais APX.

Les opérations de rachat sont toutefois plutôt rares dans un secteur où les politiques nationales en matière d’énergie jouent un rôle majeur. Pas de quoi cependant freiner les ambitions d’acteurs comme Epex Spot. « S’ouvrir à d’autres marchés est important pour nous, concède Wolfram Vogel. Mais nous devons aussi regarder comment le marché européen de l’électricité va sa développer. Notre but n’est pas forcément d’implanter Epex Spot dans d’autres pays, d’autant qu’eux aussi libéralisent leur propre marché de l’électricité et veulent se doter de leur propre Bourse dédiée. » Face à l’émergence de nouveaux opérateurs, la Bourse franco-allemande de l’électricité s’est donc positionnée comme prestataire de services. « Nous avons ainsi mis notre système de 'trading' à disposition de la Bourse hongroise de l’électricité, HUPX, fait savoir Wolfram Vogel. De même, alors que les Bourses de l’électricité tchèque, slovaque et hongroise ont décidé de coopérer pour coupler les prix sur ces trois marchés, nous avons été choisis pour mettre en œuvre et gérer la solution de couplage qui s’appuie sur notre système développé en interne. »

Si le trading a le vent en poupe dans le secteur de l’électricité, le marché du gaz n’est pas en reste. « Ce sont environ 5 TWh qui sont échangés chaque mois sur notre marché 'spot' du gaz en France, note Richard Katz chez Powernext, plate-forme dédiée aux échanges de gaz qui compte aujourd’hui 45 membres. C’est encore un marché émergent, qui date de 2008, mais nous constatons une augmentation constante des volumes depuis cette date. » Afin d’accélérer son développement, Powernext a récemment lancé, en coopération avec l’allemand EEX, le service Pegas. « Cette plate-forme permet de traiter et de négocier du gaz qui est livré sur les marchés français, allemand et néerlandais, indique Richard Katz. Cela participe à la mise en place d’un marché européen du gaz intégré. » L’Europe de l’énergie n’a donc pas fini de faire parler d’elle.

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