Le bon choix au pire moment

le 16/06/2011 L'AGEFI Hebdo

L’heure devrait porter à la réjouissance. La nomination de Mario Draghi comme successeur de Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque centrale européenne prouve en effet la maturité de l’Union quant à sa capacité à nommer enfin aux premiers postes de responsabilité les personnalités les plus adaptées. Parfaitement qualifié et unanimement respecté, le futur président de la BCE a heureusement pu surmonter son principal défaut, celui d’être issu d’un pays du Sud objet de la vindicte d’une bonne partie de l’opinion allemande. Privée d’un candidat de poids, la Chancelière Merkel a su passer outre ses réticences personnelles pour investir ce candidat dont l’orthodoxie avérée ne laisse planer aucun doute sur sa volonté de poursuivre une lutte sans complaisance contre l’inflation et de mettre un terme dès que possible à la politique non conventionnelle imposée à la BCE par la crise financière (lire l’Evènement page 8).

Mais on fera bien de laisser le champagne au frais. Car la tragédie grecque menace comme jamais de se dénouer calamiteusement sur les marchés financiers. De fait, les pères fondateurs de l’Europe n’auraient pu imaginer pire scénario pour un passage de témoin de cette importance. L’Union connaît sa crise la plus grave depuis sa création. Incapable d’évaluer puis de contrôler l’évolution de l’économie grecque, elle en est à s’en remettre aux plus douteuses subtilités de la sémantique pour dessiner une solution, entre « restructuration » dure ou douce, « reprofilage » ou « reconduction » de la dette privée, capable d’alléger la dette grecque sans être qualifié d’« événement de crédit » par les associations professionnelles ou les agences de notation (lire aussi page 38). Même s’il est commun d’assurer que les crises sont le moteur même de l’UE et que celle-ci a toujours trouvé les moyens de les surmonter victorieusement, l’affrontement entre les principaux pays membres de la zone euro et la BCE sur la résolution du cas grec menace de mettre le continent en « échec et mat » politique et d’infliger à toute la planète une nouvelle épreuve d’ampleur.

A supposer même que l’Europe trouve à l’arraché le moyen d’éviter ce désastreux cas de figure, la tâche du futur patron de la BCE ne sera pas seulement monétaire et financière. Le maintien de la crédibilité acquise par la BCE sera largement aussi affaire de diplomatie et de convictions. La virulence des oppositions sur la manière de surmonter l’épreuve de la dette souveraine n’a fait que confirmer qu’avec les années de crise financière, le fossé déjà patent entre politiques et banquiers centraux européens n’a cessé de se creuser, tout particulièrement sur les questions budgétaires et de compétitivité. La gouvernance de la zone euro reste un chantier ouvert qu’un mandat de huit ans ne sera pas de trop pour mener à bien dans un contexte bien peu amical.

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