BNP Paribas étale le déploiement international de sa banque privée

le 24/02/2011 L'AGEFI Hebdo

Le groupe français reporte ses projets en Tunisie et en Egypte mais va se lancer en Turquie et en Californie en s’appuyant sur ses réseaux de détail.

Oubliées la Tunisie et l’Egypte. Ces deux pays ne figurent plus sur la liste des Etats où BNP Paribas compte déployer cette année son modèle de gestion privée adossée à un réseau de banque de détail. Le groupe français voulait pourtant y installer le même dispositif que celui inauguré en janvier 2010 au Maroc, où il espère gérer un milliard d’euros d’ici à trois ans. En raison des troubles liés à leur changement de régime, la Tunisie et l’Egypte sont provisoirement rangés dans la même catégorie que l’Algérie et la Libye où, en raison du contexte politique, BNP Paribas Wealth Management (WM) ne prévoit pas de s’implanter.

Marie-Claire Capobianco, responsable des « marchés domestiques » chez BNP Paribas WM (c’est-à-dire des territoires où le groupe dispose d’un réseau), maintient son objectif de 8 à 10 milliards d’euros d’encours d’ici à trois ans (L’Agefi Hebdo du 27 janvier), mais dans quatre et non plus six pays émergents. Il s’agit de la Turquie qui devra représenter la moitié des actifs, du Maroc, de la Pologne et de l’Ukraine. Toutefois, sur ce dernier marché, le dispositif sera plus léger qu’ailleurs et mis en place après 2011. La banque de détail locale du groupe, durement touchée par la crise, est encore convalescente après la fermeture de 300 de ses 1.000 agences.

Pour les mois qui viennent, quatre chantiers prioritaires ont été annoncés par Jean-Laurent Bonnafé, directeur général délégué de BNP Paribas, lors de la présentation des résultats annuels. D’une part, la poursuite des efforts engagés au Maroc et la concrétisation, fin 2011, du projet polonais. D’autre part, le lancement des opérations en Turquie et en Californie, où le groupe redéploie, en parallèle, ses activités de banque commerciale.

4 à 5 milliards visés en Turquie

En Turquie, BNP Paribas veut lancer son modèle de banque privée intégrée en profitant de la fusion de sa filiale locale TEB avec Fortis Bank, actée le 14 février. La première proposait déjà une offre de conseil aux particuliers fortunés, tandis que la seconde restait surtout axée sur sa clientèle d’entreprises. Le groupe ne précise par le nombre de ses clients actuels qui détiennent plus de 250.000 euros de patrimoine financier, le seuil d’accès à sa gestion privée onshore (pour les résidents). Mais s’il atteint son objectif de 4 à 5 milliards d’euros d’encours, la Turquie constituera le cinquième « marché domestique » de BNP Paribas WM, derrière la France, la Belgique, l’Italie et le Luxembourg, qui possède surtout une clientèle offshore (non résidente). Le groupe pourra s’appuyer sur les 600 agences du nouveau TEB, neuvième banque turque, avec 3,3 % de part de marché par le total de bilan.

Aux Etats-Unis, BNP Paribas WM va s’implanter chez BancWest, le réseau californien du groupe, en misant d’abord « sur quelques secteurs géographiques ciblés », selon Marie-Claire Capobianco. Pour s’adapter aux spécificités du marché américain, la plate-forme de courtage de cette banque locale pourrait servir d’interface entre les clients privés et les produits du groupe. Reste à savoir quelle sera la capacité de BancWest à les convaincre de transférer leurs avoirs. Au quatrième trimestre 2010, ses dépôts et sa production de crédits ont reculé respectivement de 3,5 % et 2,5 % sur un an. Après la restructuration de l’établissement, qui a renoué avec les bénéfices cette année, Jean-Laurent Bonnafé a annoncé que « la croissance organique sera doublée sur les trois à cinq ans à venir » grâce à un plan d’investissement dont le montant n’a pas été dévoilé.

En dehors de ses nouveaux marchés, BNP Paribas WM, qui gérait 254 milliards d’euros fin 2010, veut dynamiser sa collecte en chassant de nouveaux clients dans ses réseaux européens et en accentuant ses efforts auprès des particuliers très fortunés et en Asie. Grâce à ses centres offshore de Hong-Kong et Singapour, il estime figurer dans le Top 5 de la région, un chiffre difficile à recouper faute de données comparables chez ses concurrents.

A lire aussi