Berlin pose des conditions strictes à une aide à Chypre

le 31/01/2013 L'AGEFI Hebdo

En dépit d'un PIB et d'une dette minuscules, l'île serait susceptible de réveiller le risque de contagion en zone euro.

Too small to fail » ? Chypre est le cas typique d’une économie au poids insignifiant en Europe, possédant une dette publique guère plus grosse que deux ou trois adjudications obligataires de l’Etat espagnol, mais qui serait susceptible, à en croire certains augures, de ramener la zone euro aux pires heures de la crise des dettes souveraines de l’hiver 2012.

Pourtant, au regard des critères d’endettement public habituels, la dette de Chypre est d’un encours minuscule de 17,5 milliards d’euros, dont 8 milliards d’origine budgétaire et une dizaine de milliards de recapitalisation des banques locales, coulées par le PSI (private sector involvment - restructuration) sur la dette grecque de mars 2012. Elle représente néanmoins 100 % du PIB chypriote qui lui-même n’est qu’un confetti de moins de 0,2 % du PIB global de la zone euro. Dominique Daridan, analyste chez Aurel, précise que sur 6,6 milliards d’euros de dette répertoriée, « 4,1 milliards (dont 1,4 milliard à échéance en juin 2013) sont des obligations internationales de droit et tribunaux anglais ». Les 2,5 milliards restants sont « des obligations émises localement, réparties entre 39 souches dont seulement 5 de plus de 100 millions d’euros ».

Catalyseur

Le gouvernement chypriote a lancé son appel à l’aide en juin dernier ; toutefois, les négociations avec la Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne - BCE - et Fonds monétaire international) n’ont toujours pas abouti. En début d’année, l’agence de notation Moody’s a dégradé l’île de trois crans d’un seul coup et le conseil Ecofin du 22 janvier a repoussé l’examen du dossier à fin mars, une fois passée l’élection présidentielle (premier tour le 17 février) qui ne verra pas le président sortant, le communiste Demetris Christofias fermement opposé aux privatisations - réclamées notamment avec insistance par le gouvernement allemand -, solliciter un nouveau mandat. Le favori est un candidat de centre-droit. Le sauvetage attendra quelques semaines.

Un si petit risque peut-il entraîner un effet de contagion ? Les avis sont partagés. Jörg Asmussen, membre du directoire de la BCE, résumait récemment la situation comme suit : « Des développements confus à Chypre pourraient saper les progrès réalisés en 2012 dans la stabilisation de la zone euro. Chypre pourrait s’avérer être un risque systémique pour le reste de la zone malgré sa taille. » Et le banquier central d’ajouter : « En temps normal, on pourrait s’attendre à ce que l’effet direct d’un défaut soit limité et il est évident que, sans aide, le pays fera faillite. Nous devons reconnaître que nous ne sommes pas dans une situation normale... La situation est encore fragile. » Pour l’économiste Martin Lueck, de la banque UBS, « en dépit de la petite taille de son économie, Chypre a le potentiel pour être un catalyseur pouvant mettre un terme à l’apaisement et à l’effet Draghi du second semestre de l’année dernière en Europe ».

Agacé par la réputation sulfureuse des banques chypriotes, accusées régulièrement de se spécialiser dans l’évasion fiscale et le blanchiment de fonds d’origines russe et grecque, le gouvernement allemand ne fait pas du tout la même analyse du risque. Estimant que le secteur bancaire est « notablement surdimensionné », le ministre des Finances Wolfgang Schaüble considère « qu’il n’est pas acquis que les problèmes de Nicosie représentent une menace pour la zone euro ». Pour Berlin, c’est clair, les Européens doivent faire de la transparence fiscale, de la lutte contre le blanchiment et du nettoyage des comptes de dépôts bancaires, un prérequis à toute aide. Chypre pourrait bien servir d’exemple dans le cadre de la campagne des élections législatives allemandes de septembre prochain.

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