L'avis de... Christian Parisot, chef économiste d'Aurel BGC

« Ben Bernanke a accentué le trouble des investisseurs »

le 27/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Pourquoi les milieux financiers s’inquiètent-ils tout à coup de la falaise budgétaire de la fin 2012-début 2013, le « fiscal cliff » ?

Ces derniers mois, Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale, est intervenu à plusieurs reprises pour prévenir que la politique monétaire ne pourrait pas contrer les conséquences négatives pour l’activité économique d’une cure brutale d’austérité budgétaire de plusieurs points de PIB. Ce faisant, il a accentué le trouble des investisseurs. Selon lui, deux menaces pèsent sur l’économie américaine : le ralentissement de l’économie mondiale et précisément le fiscal cliff. Or le Beige book, les enquêtes de conjoncture mensuelles de la banque centrale, souligne le coup de frein enregistré par l’investissement outre-Atlantique en raison des incertitudes sur la manière dont sera résolue l’équation budgétaire après l’élection présidentielle. Le message de Ben Bernanke à la classe politique est le suivant : trouver rapidement un accord sur les questions budgétaires et surtout communiquer afin de ne pas entraver la croissance.

Pour les investisseurs, la meilleure solution serait la voie médiane, à savoir ne pas supprimer en même temps toutes les baisses d’impôts, tout en enclenchant une réduction du déficit budgétaire ?

Oui. Il faut dire quelles baisses d’impôts seront perennisées et lesquelles ne le seront pas. Pour l’économie, ce n’est pas la même chose de mettre fin aux Bush tax cut et de ne pas reconduire la baisse de 2 % des cotisations de sécurité sociale. Précisons que la réflexion et la logique des responsables américains sont aux antipodes de ce qui se pratique en Europe. Pour eux, il s’agit de privilégier la croissance, disons un objectif de 3 % avec une politique budgétaire neutre, car c’est la croissance et elle seule qui permettra de rembourser et d’effacer en partie la dette publique. Dans la campagne électorale, le thème « redresser les finances publiques » est relativement étranger aux préoccupations des républicains comme des démocrates. Le souci des premiers est idéologique, ils veulent réduire le poids de l’Etat fédéral et non pas se fixer un objectif de déficit budgétaire. Pour les démocrates, le but est de réduire le taux de chômage.

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