Entretien avec... Jacques Cailloux, chef économiste Europe à RBS

« Pour beaucoup de monde, la Grèce est déjà insolvable »

le 14/07/2011 L'AGEFI Hebdo

Propos recueillis par Guy Marchal

Les marchés financiers semblent considérer un défaut sur la dette grecque comme étant inévitable. Qu’en pensez-vous ?

A s’en tenir à une définition étroite et technique du défaut, on ne peut pas avoir de certitude absolue sur une faillite à venir de l’Etat grec. Si les marchés financiers, les agences de notation et de nombreux économistes en sont intimement persuadés, c’est parce qu’il leur semble que la partie est déjà jouée au niveau macroéconomique et des finances publiques. Ils doutent de la capacité du gouvernement grec à atteindre les objectifs qu’il s’est fixés pour 2015 en matière de croissance, de rentrées fiscales, de maîtrise des dépenses et de trajectoire de solde primaire pour se donner la capacité de s’autofinancer. Ils doutent de sa faculté à stabiliser les comptes publics au niveau des flux en dégageant un excédent budgétaire primaire de 6 % du PIB dans deux ans et de s’attaquer au problème du stock de la dette par un programme de privatisations de 50 milliards d’euros. Pour beaucoup de monde, la Grèce est déjà insolvable.

Le plan d’aides européen et les discussions actuelles sur le roulement de la dette des créanciers privés sont censés éviter cette issue…

Le débat a évolué vers la question du partage des pertes et de la définition de règles du jeu. Ce partage doit-il reposer sur les détenteurs privés de la dette grecque, ou sur les épaules du contribuable grec, ou bien encore sur le contribuable européen ? Quel partage des pertes entre le contribuable et les marchés financiers ?

N’est-il pas paradoxal que la réussite du plan dépende encore une fois de l’appréciation des agences de notation ?

Si le pouvoir des agences de notation est important, c’est parce que les politiques, les banques et la Banque centrale européenne leur accordent de l’importance. En réalité, le choix est simple. Soit le secteur privé n’est pas impliqué dans le plan d’aide à la Grèce, soit il l’est et alors l’avis des agences ne doit pas compter. Elles doivent être mises à l’écart.

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