BCE, des paroles aux actes, le pas n'est toujours pas franchi

le 29/08/2013 L'AGEFI Hebdo

La Banque centrale européenne doit agir via de nouveaux achats massifs de papiers souverains et plus d’incitations à prêter aux entreprises.

Christian Gimenez, président de Diamant Bleu Gestion, professeur agrégé d'économie

La Banque centrale européenne emboîte le pas de la Réserve fédérale (Fed), lui empruntant des méthodes qui ont déjà fait leurs preuves. Elle est ainsi en passe de surmonter le handicap que constitue l’existence d’un unique objectif officiel (l’inflation) face à une Fed qui en poursuit pour sa part plusieurs (inflation, mais aussi croissance et emploi). la BCE a ainsi osé début juillet, et pour la première fois, prendre des engagements sur l’orientation de sa politique monétaire pour les mois à venir (« forward guidance »), susceptibles d’offrir une bien meilleure visibilité aux marchés. « Le conseil des gouverneurs s'attend à ce que les taux de la BCE restent à leur niveau actuel ou plus bas pendant une période de temps prolongée », a assuré Mario Draghi, président de la BCE. L’institution s’engage ainsi à mettre en œuvre aussi longtemps que nécessaire les décisions annoncées, confirmant l’élargissement progressif de sa mission au soutien à la croissance, mais sans le reconnaître explicitement. Car pour Mario Draghi si l’inflation est un fléau, la déflation, annonciateur d’une déprime économique, l’est sans doute tout autant. Pourtant la lutte contre l’inflation reste malheureusement l’objectif officiel unique de la Banque centrale, aussi cette inflexion dans le discours est sans nul doute à mettre d’abord au crédit de son très pédagogue président, car la Buba a nécessairement dû donner son assentiment.

Ceci dit, la comparaison entre la situation de la BCE et celle de la Fed a ses limites. Il y a fort à parier que l’institution européenne en restera au stade du verbe et qu’elle laissera son bilan se dégonfler au cours des prochains mois, quand celui de son homologue américaine continuera de progresser. Outre-Atlantique, la perspective à court terme reste celle d’un simple ralentissement du QE3 : les rachats de titres vont se poursuivre, à un rythme certes moins élevé, et ils seront conservés jusqu’à échéance ; et compte tenu de leurs maturités élevées (dix à trente ans), l’heure du repli de son bilan ne devrait pas arriver avant bien longtemps. Une stratégie qui restera à l’avenir un fort soutien des marchés et qui continuera donc à guider les choix des investisseurs. À l’inverse, le bilan de la BCE va diminuer dès cette année. L’annonce de rachats de titres souverains ne s’est pour le moment pas traduite en acte, et dans le même temps les banques remboursent les prêts à long terme qui leur avaient été octroyés (les LTRO), provoquant mécaniquement un irrésistible recul de ce bilan.

Et ce mouvement initié par les établissements bancaires du Vieux continent n’est pas bon signe. Il est à l’image de leur peu d’empressement à prêter aux acteurs économiques et aux PME en particulier. Car du fait de la lenteur de la mise en place de l’Union bancaire, le lien entre Etats et banques locales est toujours aussi fort, elles éprouvent dans plusieurs pays beaucoup de difficultés à se refinancer. Mais surtout, le nettoyage des bilans bancaires n’a été que très partiellement réalisé. Or, il est désormais admis que c’est tout simplement un prérequis pour une reprise de leur activité de prêts. Aujourd’hui, la BCE désespère donc de voir cette courroie de transmission de sa politique monétaire fonctionner à nouveau. Les entreprises des pays périphériques de la zone euro ne peuvent se financer, ni sur les marchés ni auprès de leurs banques, à des taux aussi favorables que leurs homologues allemandes ou françaises, voire pour beaucoup d’entre elles se voient fermer l’accès au crédit. En réponse à ces difficultés, la Banque centrale tente bien de donner un nouveau souffle au marché de la titrisation, persuadée qu’il peut être un bon vecteur de relance du crédit. Elle vient ainsi d’annoncer mi-juillet un nouvel assouplissement des règles d’éligibilité des titres que les banques sont susceptibles de lui apporter en collatéral.

Mais surtout elle observe quasiment impuissante la fragmentation de la zone euro, qui affiche presque autant de taux que de pays membres, malgré une politique monétaire unique. En conséquence, les pays périphériques pliant sous le poids d’un endettement toujours plus élevé et toujours plus coûteux font l’objet d’annonces, sans doute intempestives, de possibles défauts. Un bon fonctionnement des courroies de transmission de la politique monétaire suppose de nouveaux achats massifs de papiers souverains et plus d’incitations à prêter aux entreprises. La BCE est attendue aussi avec impatience sur ces deux terrains.

 

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