La BCE lance une vaste opération de recrutement

le 31/10/2013 L'AGEFI Hebdo

La banque centrale étend ses compétences à la surveillance bancaire, ce qui nécessite l'embauche de 600 à 1.000 salariés.

L’actuel siège de la Banque centrale européenne. Crédit : Krisztian Bocsi/Bloomberg

Comment trouver en moins d’un an un millier d’auditeurs, de juristes et autres fiscalistes expérimentés et capables de décortiquer le bilan d’une banque ? Tel est le défi auquel est confrontée la Banque centrale européenne (BCE) dont les compétences seront étendues à partir de l’année prochaine à la surveillance des 130 plus grandes banques de la zone euro. Conscient de l’ampleur de sa mission, Yves Mersch, chargé de la mise en place du nouveau « Mécanisme de surveillance unique (MSU) » à la BCE, parle d’un « 

travail d’Hercule ». Le temps presse : d’ici à début 2014, la nouvelle structure doit être en mesure de démarrer son travail. Or jusqu’à présent, une seule annonce d'emploi a été publiée : celle pour le poste de président. Le choix du ou de la candidat(e) retenu(e) par la BCE devra ensuite être approuvé par le Parlement européen.

La BCE se dit prête à démarrer. Dans un premier temps, elle devra s’appuyer sur du personnel envoyé par les différentes autorités de supervision nationales comme l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution en France ou la Bundesbank en Allemagne. Des réunions d’informations à travers toute l’Europe ont eu lieu ces derniers mois pour inciter des contrôleurs nationaux à venir s’installer à Francfort. Selon une porte-parole de la BCE, quelque 2.000 contacts ont été noués. Parallèlement, des chasseurs de têtes sont chargés de trouver les cadres dirigeants.

Au départ, la BCE devra compter sur le soutien des contrôleurs issus des pays membres de l’Union européenne. Prenant les devants, la Bundesbank offre à ses spécialistes le droit de revenir à la maison au bout de trois à cinq ans, tout en leur garantissant le statut de fonctionnaire. Une mesure nécessaire car la BCE ne propose à ses salariés que des contrats à durée limitée de trois à cinq ans. La Bafin, le gendarme allemand de surveillance des marchés, s’apprête à suivre le même exemple. Ce volontarisme s’inscrit dans le souhait de Berlin de marquer autant que possible la supervision bancaire en Europe de la culture allemande, affirme-t-on dans les milieux financiers de Francfort. Pour ce faire, la Bundesbank inciterait nombre de ses hauts fonctionnaires à travailler quelque temps à la BCE.

Susciter des vocations

Le personnel pourvu par les contrôleurs nationaux ne suffira pas pour satisfaire tous les besoins. « Pour garantir une surveillance efficace des grandes banques de l’Union européenne, la BCE devra ratisser beaucoup plus large », estime Christian Schätzlein, de la Frankfurt School of Finance. Elle aura besoin de gestionnaires des risques, de spécialistes de produits financiers et d’informaticiens, bref, d’experts issus des banques commerciales et fins connaisseurs du monde de la finance.

Pour l’instant, les critères de recrutement restent assez vagues. Selon une source proche de la BCE, les salariés recherchés devront posséder un diplôme d'études supérieures, être issus de l’un des 28 pays membres de l’Union, parler couramment l’anglais et avoir « une forte motivation ». Etant donné la crise de l’emploi dans certains pays d’Europe, la BCE devrait susciter des vocations vu les niveaux de salaires proposés. Ils s’échelonneraient entre 54.000 et 200.000 euros brut par an, avec un taux d’imposition de 8 % à 45 %, le tout assorti de nombreux avantages sociaux.

Certains en Allemagne, comme le ministre des Finances du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, n'ont pas hésité à prendre contact avec la banque centrale pour attirer son attention sur les 2.700 salariés et fonctionnaires de la banque publique WestLB, actuellement en liquidation. Leur chance de retrouver un emploi à Francfort est toutefois minime puique la BCE doit recruter ses superviseurs au sein de l'Union. Dans un entretien au quotidien allemand Handelsblatt, Yves Mersch estime que la banque ne pourra pas recruter plus de 200 à 300 superviseurs d'ici à la fin de l’année. La plupart des embauches auront lieu dans le courant de l’année prochaine.

La mise en place d’une supervision européenne est accueillie avec bienveillance à Francfort. « La Place avec sa Bourse et ses grandes banques commerciales s’en trouvera renforcée », s’est félicité le maire de la ville. Un avis partagé par… les agents immobiliers. Les nouveaux salariés et leurs familles auront en effet besoin de se loger. Et la BCE devra leur trouver des espaces de bureaux car la nouvelle tour devant accueillir le siège de la banque à partir de l’année prochaine est trop étroite pour recevoir tout ce monde.

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