La BCE espère respecter sa cible d'inflation dans trois ans

le 13/03/2014 L'AGEFI Hebdo

Les anticipations des marchés financiers valident pour l'instant le scénario de la banque centrale.

Au mois de mars, la Banque centrale européenne (BCE) a pour habitude de rafraîchir ses prévisions économiques pour la zone euro et de donner un premier jet pour l’année N+2. Cette fois, ses anticipations d’inflation pour 2016 (l’indice des prix à la consommation harmonisé) étaient particulièrement attendues dans le cadre du débat qui agite les marchés financiers en ce moment et qui peut se résumer par la formule : « désinflation temporaire ou entrée en déflation ? ».

La banque centrale a coupé la poire en deux, donnant des arguments aux deux camps. L’inflation est attendue à 1 % cette année, à 1,3 % l’an prochain et à 1,5 % en 2016, avec une évolution en glissement de 1,7 % au dernier trimestre 2016. Le camp des « désinflationnistes » souligne le retour graduel à l’objectif de stabilité des prix (proche de 2 %) et la maîtrise des anticipations d’inflation par la BCE. Le camp « déflationniste » met en avant le retour laborieux vers la cible en 2017. Un tel laps de temps de trois ans est supérieur à l’horizon habituel de la politique monétaire et témoigne du manque d’assurance de la banque centrale. Un niveau si faible pendant si longtemps mérite une action préventive comme la non-stérilisation du programme SMP, un programme Funding for Lending ou une politique d’assouplissement quantitatif (L’Agefi Hebdo du 12 février, n°408).

Baisse des prix de l’énergie

 

La pression ne devrait pas se relâcher ; les économistes d’UBS tablent sur un recul de l’inflation à 0,6 % en mars en raison d’effets de calendrier (après 0,8 % en février). Pour l’été, le service d’études de BNP Paribas anticipe une inflation de 0,5 %. Le président de la banque centrale, Mario Draghi, a expliqué jeudi 6 mars que les trois quarts de la décélération de l’inflation depuis 2012 étaient dus à la baisse des prix de l’énergie. Il a ajouté que l’appréciation du taux de change effectif de l’euro avait sa part de responsabilité dans ce mouvement. La règle veut qu’une progression de 10 % du taux de change réduise l’inflation de 0,4 à 0,5 point, précisent plusieurs notes d’analyse.

Le but des prévisions de la BCE est d’éviter un décrochage des anticipations d’inflation, des consommateurs et surtout des marchés financiers. « Points morts d’inflation ('breakevens', différence entre le rendement d’une obligation nominale et celui d’une obligation indexée), 'swaps' d'inflation, sont loin d’être une mesure précise des anticipations du marché », explique René Defossez, stratégiste à Natixis. « L’écart entre les 'swaps' d’inflation et les 'breakevens' s’expliquent par le fait que d’un côté, on a affaire à des papiers souverains, traités dans un marché organisé, et de l’autre, à un marché dérivé avec des opérations de gré à gré. » Les breakevens 10 ans du Bund donnant une inflation moyenne sur 10 ans délivrent une hausse des prix de 1,3 % par an, précise l’économiste de Natixis. Quant à la courbe des « 'forward inflation’ 1 an, elle-même dérivée de la courbe des 'breakevens', sa pente reste positive. Elle n’intègre pas un scénario de déflation, mais ne signale pas non plus de retour à une inflation au dessus de 2 % rapidement. Pas avant sept ans. La sonnette d’alarme s’enclenchera si la courbe s’aplatit suite à une baisse des 'breakevens' longs ». Les marchés financiers dégagent une impression générale de sérénité, sans toutefois donner quitus les yeux fermés à la BCE.

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