La BCE cherche à parfaire sa communication

le 26/09/2013 L'AGEFI Hebdo

La banque centrale est attendue sur plusieurs dossiers : publication des minutes, transparence accrue des débats internes, mais aussi nouvelle LTRO.

L’automne s’annonce riche en innovations à la Banque centrale européenne (BCE). Tout au long de l’été, des membres du Conseil des gouverneurs, pour la plupart représentants du directoire, ont donné une idée des débats en cours au sein de l’institution. Ces discussions pourraient donner lieu à des décisions concernant par exemple la publication des minutes des réunions du Conseil, ou la manière de contrer une éventuelle hausse des taux du marché monétaire qu’entraînerait la diminution des liquidités excédentaires. Après avoir adopté une stratégie de communication dite « forward guidance » (guidage avancé de la politique monétaire) au printemps, la BCE n’a manifestement pas l’intention de s’arrêter en si bon chemin.

Depuis le début de 2013, les banques ont la possibilité de rendre par anticipation (au bout d’un an) les liquidités obtenues à la BCE grâce aux deux opérations de refinancement à trois ans dites LTRO (long term refinancing operation

s) de décembre 2011 et février 2012. Conséquence, les liquidités excédentaires accumulées par les banques et rapportées à la banque centrale, à la facilité de dépôt ou sur les comptes courants des banques fondent régulièrement. Si le trop-plein de liquidités a approché les 900 milliards d’euros en 2012, il n’est plus aujourd’hui que d’environ 250 milliards (comptes courants + dépôts - réserves obligatoires). Sur la base de données empiriques, nombre d’analystes font valoir qu’en arrivant au niveau de 200 milliards d’euros, les taux d’intérêt du marché monétaire (euribor) - aplatis depuis 2009 et la quasi-disparition de l’interbancaire - sont menacés de hausse. Tout particulièrement, le taux au jour le jour du marché interbancaire, l’Eonia (Euro Overnight Index Average). Or les incertitudes sur l’état réel d’économies de la zone euro, la fragmentation des marchés financiers et les difficultés à se financer rencontrées par les entreprises dans des pays du Sud sont incompatibles avec la moindre remontée des taux d’intérêt. D’où l’idée d’une nouvelle LTRO en fin d’année pour remettre des liquidités dans le secteur bancaire et éviter une poussée des taux d’intérêt.

Des minutes

« Sauf choc énorme, une pénurie de liquidités à l’échelle européenne est improbable, fait valoir Philippe Weber, responsable des études et de la stratégie de CPR AM. Seules les banques de certains pays du Sud peuvent se retrouver en manque de liquidités. Elles ont dû anticiper et rembourser en conséquence. En cas de crise, elles peuvent aussi recourir aux adjudications hebdomadaires à taux fixe et ‘full allotment’ (soumissions sans limite). » Une autre piste est évoquée à mots couverts, celle du « collateral ciblé » pour pallier une difficulté propre à un pays, comme l’absence de crédit aux PME en Italie. Sur le modèle du programme de soutien de la BCE aux marchés de covered bonds (obligations sécurisées) qui se déroula en deux vagues, 2009 et 2011, de 60 et 40 milliards d’euros ; le principal marché en Europe étant celui des Pfandbriefe en Allemagne.

Par ailleurs, la banque centrale affiche son souci d’une plus grande transparence et entend améliorer sa communication. Réduire l’opacité des réunions du Conseil des gouverneurs passe par la publication des minutes sur le modèle de la Réserve fédérale américaine et de la Banque d’Angleterre (BoE). Cette éventualité a donné l’occasion d’un débat « officiel » tout au long de l’été entre les responsables de la banque centrale. Plusieurs membres du directoire (Jörg Asmussen, Benoît Coeuré, Peter Praet) se sont déclarés en faveur de la publication des minutes. Mario Draghi, le président de l’institution, y est aussi favorable, préférant parler de compte-rendu des débats pour expliquer les divergences de vues des membres du Conseil que de minutes. Ce débat existe depuis l’acte de naissance de la BCE et bute sur la question de la divulgation des votes. Il est admis que les membres du Conseil prennent leur décision en leur for intérieur, en tenant compte uniquement des intérêts de la zone euro dans son ensemble, et qu’ils ne sont soumis à aucune influence nationale. Savoir « qui vote pour quoi » peut remettre en cause cette évidence, expliquent les économistes les plus sceptiques. Des avancées sur ce dossier sont prévues au cours des prochaines semaines.

Les autres sujets susceptibles de déboucher sur une décision existaient déjà avant l’été. Ils portent sur la baisse des taux directeurs et la perspective d’avoir un taux d’intérêt négatif pour la facilité de dépôt, un « territoire » inconnu pour la banque centrale. Ou encore l’utilisation éventuelle de l’OMT (outright monetary transactions), le programme d’achats de titres souverains, qu’un pays en difficulté peut solliciter sous conditions. Une rentrée studieuse pour la BCE.

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