La bataille du levier

le 26/05/2011 L'AGEFI Hebdo

La gestion alternative tarde à rentrer dans le rang. Quatre ans après le début de la crise, les régulateurs peinent à brider ce segment de l’industrie financière, accusée de former une bonne partie de la « finance parallèle » tant critiquée par le secteur financier régulé. Il serait cependant injuste de ne pas reconnaître les efforts des autorités de régulation. Contrairement à ce que laissent entendre les nombreuses déclarations sur les manquements du G20, qui a fait, dès le sommet de Londres en 2009, du combat contre le shadow banking un de ses objectifs majeurs, elles ne sont pas restées les bras croisés. En Europe, la tant attendue directive européenne AIFM (Alternative Investment Fund Managers) entre dans sa phase de mise en œuvre. D’ici à deux ans, elle devrait être transcrite en droit national dans les pays européens contribuant à un certain encadrement des fonds alternatifs. Aux Etats-Unis, ceux-ci sont désormais soumis à nombre d’obligations, dont celles d’enregistrement auprès de la SEC, l'un des gendarmes de la Bourse américaine, et de fourniture régulière d’informations sur leurs activités. Quand au conseil de stabilité financière (FSB), il se préparerait à faire entrer un certain nombre d’entre eux dans la catégorie des « Sifis », ces « institutions financières systémiques ».

Autorité européenne des marchés (Esma), SEC, FSB, les hedge funds sont désormais sous l’œil des régulateurs. Pourtant, le compte n’y est pas, et leur marge de manœuvre semble toujours large - eux, qui, contrairement aux banques, n’ont pas à subir un carcan particulièrement sévère en termes de fonds propres.

Le chantier reste donc ouvert. Les travaux d’élaboration des mesures d’application d’AIFM ont débuté, et l’Esma planche sur toute une série de thèmes, tels que la gestion de la liquidité, les obligations d’information tant s’agissant des rapports annuels que des rémunérations des gérants… Quand à la loi Dodd-Franck, ses décrets d’application devraient courir jusqu’en 2012.

La tâche sera-t-elle jamais achevée ? Il faut reconnaître qu’il reste bien des questions en suspens. A commencer par celle, cruciale, de l’effet de levier, fondement de la puissance de feu des hedge funds. La loi Dodd-Franck le prend en compte, l’AIFM y travaille : les fonds alternatifs devraient voir sérieusement limitée leur capacité à emprunter pour augmenter la taille effective du portefeuille. Reste à définir les modalités d’application et c’est là que les difficultés commencent. Calcul et détermination d’un plafond, calendrier d’application…, les débats sont loin d’être tranchés. Tant que cette bataille n’aura pas été livrée, on ne pourra pas dire que l’industrie de la gestion alternative sera définitivement sortie de l’ombre.

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