Entretien avec... Jacques Fournier, directeur général des statistiques à la Banque de France

« Les banques vont améliorer leurs coûts de financement grâce à Bâle III »

le 29/11/2012 L'AGEFI Hebdo

La réglementation pèse-t-elle d’ores et déjà sur l’offre de crédit ?

La communauté financière évoque dans son ensemble Bâle III comme un frein extraordinaire au crédit. Les craintes portent notamment sur les ratios de liquidité, à un mois et à un an, applicables en 2015 et 2018 mais orientant déjà les politiques des banques. Leurs effets seront beaucoup moins négatifs qu’on le pense, grâce au recalibrage en cours pour éviter notamment les effets de « falaise », c’est-à-dire le brusque amoindrissement de la liquidité d’une banque quand certains actifs sont dégradés et deviennent inéligibles aux ratios. Certes, la transformation opérée par les banques

va un peu diminuer mais on note que certains pays qui ne sont pas contraints actuellement par les ratios de liquidité connaissent un bon développement du crédit. Tel est le cas de l’Allemagne. En France même, notre enquête au dernier trimestre auprès de quelque 4.000 PME montre une bonne dynamique des crédits d’investissements, avec 90 % de demandes ayant reçu des réponses jugées satisfaisantes ou très satisfaisantes.

Bâle III n’aura-t-il pas des effets négatifs en termes de concurrence pour les banques européennes ?

Respectant Bâle III, les banques d’Europe vont voir leur notation rehaussée et leurs coûts de financement améliorés. Favorisant les ressources stables, les ratios de liquidité vont aider les acteurs à se protéger contre la volatilité des marchés et assurer la pérennité du financement des ménages et des entreprises en période de crise. C’est une vraie valeur ajoutée, dans la durée, pour le financement de l’économie. Par ailleurs, le non-respect de Bâle III par les banques américaines ne représente pas forcément un handicap pour les acteurs européens, d’autant qu’ils développent leur banque de détail, tandis que la concurrence transatlantique concerne plutôt les activités de banque d’affaires. La nouvelle donne des banques européennes est plutôt liée à la progression de la désintermédiation, venue des Etats-Unis. Plus que les ratios Bâle III, l’adaptation à des taux bas - moins bas toutefois qu’aux Etats-Unis - va influer sur la stratégie des banques : le coût d’intermédiation devra être adapté au niveau des taux, sans impacter les taux des crédits à l’économie.

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