L'avis de... Pascal Devaux, économiste chez BNP Paribas

« Les banques se préoccupent plus de la qualité de leurs actifs »

le 16/02/2012 L'AGEFI Hebdo

La crise de la dette qui a éclaté à Dubaï en 2009 est-elle totalement absorbée ?

La crise n’est pas encore réglée définitivement à Dubaï mais il n’y aura pas de problème majeur de liquidité. Riche en pétrole, l’émirat d’Abou Dhabi lui apporte son soutien. Il est vrai, cependant, que le stock de dettes des Emirats demeure important, représentant 50 % du PIB à Abou Dhabi et 100 % du PIB à Dubaï. Les remboursements de dette à échéance représentent 25 milliards de dollars pour chacune des deux années à venir. C’est pourquoi, contrairement à ce qui s’observe dans les autres pays du Golfe, l’heure est à la modération en matière de dépenses publiques. Les autorités des Emirats ont tout à fait les moyens de financer leurs échéances mais elles ont tiré les leçons des excès des années 2000. De même, les banques de Dubaï distribuent du crédit avec parcimonie. Cette tendance se poursuivra tant que la crise de l’immobilier ne sera pas terminée. Après une chute de 50 % par rapport à leur plus haut niveau, les prix de ce secteur, qui réalisait un quart du PIB de l’émirat avant la crise, ne se sont pas encore stabilisés.

Comment analysez-vous le ralentissement de la distribution de crédit dans la région ?

Les banques du Golfe qui, depuis trois ans, ont entamé un processus d’assainissement, allouent leurs crédits avec prudence. A la différence des autres pays émergents pourvus en ressources pétrolières, la corrélation entre les revenus du pétrole alimentant les dépôts bancaires et la distribution de crédit a été cassée, et cela depuis 2009. Echaudées par les déboires de Dubaï et par d’autres scandales financiers qui ont éclaté dans la région, les banques se préoccupent beaucoup plus de la qualité de leurs actifs.

La diversification des économies du Golfe a-t-elle avancé ?

Au début des années 2000, une génération de gouvernants plus visionnaire qu’auparavant a décidé de préparer l’après-pétrole. Cette volonté s’est traduite par de nombreux investissements de la part de fonds souverains dédiés, alimentés par les réserves de pétrodollars logées dans les banques centrales. Mais les stratégies de diversification mises en œuvre n’ont pas encore véritablement fonctionné. Pour preuve, dès que la contestation sociale liée au printemps arabe a menacé de s’étendre sur son territoire, l’Arabie Saoudite a immédiatement accru ses dépenses publiques, et de façon considérable. A l’évidence, le secteur privé que le Royaume cherche à développer reste encore bien trop étroit et pas suffisamment créateur d’emplois locaux pour prendre le relais de l’administration publique. Cette dernière constatation vaut aussi pour les autres pays du Golfe.

A lire aussi