L'avis de... Anna Dorbec, économiste de BNP Paribas CIB

« Les banques russes sont créditrices nettes vis-à-vis de l’étranger »

le 08/12/2011 L'AGEFI Hebdo

Doit-on s’attendre à d’autres sorties de capitaux de Russie liées à la crise en Europe ?

Il est possible que l’aversion pour le risque liée à la crise européenne continue d’alimenter le mouvement de sorties de capitaux qui a démarré en août, un repli qui s’accompagne d’une dollarisation de l’épargne des résidents russes, comptabilisée comme sortie de capitaux même si elle reste dans le pays. Je pense que les difficultés de la zone euro joueront surtout comme un bruit de fond désagréable. C’est plutôt la situation politique intérieure avec l’élection présidentielle de mars 2012 qui pourrait provoquer un nouveau choc éventuel. Mais ce n’est pas mon scénario central.

Le développement des émissions souveraines en roubles est-il toujours d’actualité ?

Oui. Toutefois, selon les dernières annonces d’Anton Siluanov (en charge du ministère des Finances, NDLR), l’Etat va privilégier l’émission d’OFZ, obligations locales en roubles. Aucune émission d’eurobonds en roubles n’est prévue en 2012. De toute façon, il y aura moins d’émissions l’an prochain car l’Etat envisage d’épargner une partie de l’excédent budgétaire de 2011 afin de réduire le besoin de financement du déficit attendu en 2012.

Le montant de la dette publique présente-t-il un risque pour la stabilité financière de la Russie ?

La dette publique russe n’est pas très élevée, environ 12 % du PIB (si l’on inclut dette externe et interne, fédérale, subfédérale, municipale et garantie). La charge d’intérêt du gouvernement fédéral représente seulement 0,6 % du PIB. Le montant total de la dette extérieure russe a diminué au cours de ces dernières années pour atteindre 35,9 milliards de dollars, un petit 2 % du PIB au début du mois dernier. Quant à la dette domestique, elle est très modeste (7 % du PIB) et détenue pour près de la moitié par les banques locales qui peuvent la refinancer à la banque centrale.

La dépendance vis-à-vis des créances des banques étrangères s’est-elle réduite ?

Considérablement. Aujourd’hui, les banques russes sont créditrices nettes vis-à-vis de l’étranger. La position nette étrangère (actifs étrangers retranchés des passifs étrangers, NDLR) était de 2 % du PIB et de 3 % des actifs en septembre 2011. A la veille de la crise de 2008, ces chiffres étaient négatifs de respectivement 6 % et 10 %. Parallèlement, la croissance du crédit bancaire qui s’était interrompue en 2009 a redémarré en 2010 et 2011. Certes, la distribution de crédit va ralentir dans les mois à venir en ligne avec un ralentissement de la croissance économique. Toutefois, si les cours du pétrole se maintiennent, l’activité pourrait s’accélérer en 2012 grâce à une politique budgétaire expansionniste, soutenant la consommation domestique et l’investissement via l’augmentation significative des dépenses militaires.

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