La Banque d’Angleterre hésite à prolonger ses achats de titres publics

le 14/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Elle s’en tient pour l’instant au statu quo. Mais une extension du programme d’assouplissement quantitatif pourrait avoir lieu d’ici à la fin de cette année.

Le 7 juin dernier, la Banque d’Angleterre (BoE) a pris la décision de maintenir son taux directeur à 0,5 % et son programme d’assouplissement quantitatif (quantitative easing - QE), entamé en mars 2009, à 325 milliards de livres sterling. Pour les observateurs, le maintien du statu quo était largement attendu et renforcé depuis la publication, le matin même, d’un indice PMI des services meilleur que prévu. L’entrée officielle du Royaume-Uni en récession technique au premier trimestre et un certain nombre d’indicateurs officiels en berne n’avaient pourtant pas manqué de provoquer, au cours des semaines précédentes, un appel de la communauté financière à une extension du programme de quantitative easing.

A l’évidence, cette prévision, associée à une persistance de l’inflation, n’était pas la bonne. « A l’occasion de la publication de son rapport trimestriel sur l’inflation en mai, la BoE avait revu à la hausse ses projections d’inflation et décalé le retour à la cible de douze mois au premier semestre 2013, explique Nathalie Dezeure, économiste de Natixis. La banque centrale avait d’ores et déjà anticipé une révision à la baisse du PIB britannique de 1,3 % à 0,5 % pour 2012 et de 2,8 % à 2,1 % pour 2013, ce qui nous fait penser qu’un nouveau tour de QE n’était pas à anticiper. » Pour autant, la BoE n’a pas fermé la porte à un nouveau cycle d’assouplissement.

Effets du « credit easing »

Charlie Bean, vice-gouverneur de la BoE, avait fait savoir fin mai que le programme pourrait être repris si la crise en zone euro venait à s’aggraver. Cette décision, qui pourrait intervenir dès la publication du prochain rapport de la BoE sur l’inflation en août prochain, faisait alors écho aux recommandations du Fonds monétaire international qui avait encouragé la banque centrale à réduire ses taux directeurs et à poursuivre sa politique de rachat d’actifs : « La BoE voudra sans doute aussi attendre que les effets de la politique de ‘credit easing’ - ou assouplissement des conditions de crédit lancé par le gouvernement britannique à destination des PME pour un montant de 20 milliards de livres - se fassent sentir avant de procéder à un tour supplémentaire de QE », fait observer de son côté Mike Turner, responsable de la stratégie globale et de la gestion d’actifs auprès de Aberdeen Asset Management.

Quelle taille ?

La taille de l’extension du programme fait aussi débat parmi les économistes : « Evoqué par la communauté financière, le chiffre de 500 milliards représente un montant extrêmement important, souligne Keith Wade, chef économiste de Schroders. Mais quelle que soit la taille finale de ce programme, il faudra sans aucun doute que la BoE procède à deux ou trois tours supplémentaires de QE pour relancer l’économie. » Sur la forme, le choix de rachat d’obligations publiques au détriment d’autres actifs devrait continuer à l’emporter : « Il serait vraiment très surprenant que la BoE décide de troquer sa politique de rachat d’obligations d’Etat contre des obligations d’entreprises ou encore des obligations indexées sur l’inflation, dans la mesure où cela causerait des problèmes de liquidité, expose Mike Riddell, responsable du fond Global Macro Bond au sein de M&G. Et pour ce qui est des obligations d’entreprises, la BoE ne pense pas que ce soit son rôle de décider quelles entreprises sont solvables ou non. Elle détient déjà plus de 30 % du marché des gilts mais le ‘free float’ (le flottant, NDLR) de ce marché possède au moins la même taille qu’avant 2009, ce qui laisse beaucoup de place pour mettre en pratique cette politique de rachat d’actifs au travers des gilts. »

Dans un contexte d’absence de croissance, les leviers d’intervention de la BoE restent limités. Jim Leaviss, responsable obligataire chez M&G, faisait observer récemment dans les colonnes du FTFm que la banque centrale avait jusqu’à présent réalisé un profit de près de 50 milliards de livres grâce à son programme d’assouplissement quantitatif, conséquence à la fois de la hausse de la valeur de son portefeuille de gilts et des recettes obtenues. Un montant que le gérant estime pouvoir être transféré au sein du ministère des Finances en vue de financer des projets d’infrastructures. Si une telle initiative ne semble pas être d’actualité, les minutes du comité de politique monétaire, publiées le 20 juin prochain, pourront d’ores et déjà permettre de constater si l’équilibre des votes en faveur d’un nouveau cycle d’assouplissement quantitatif a été modifié. En mai, huit des neuf gouverneurs de la banque centrale avaient voté la fin de ce programme.

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