La Banque centrale européenne réussit à détendre les marchés

le 13/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Les taux d'intérêt des souverains périphériques baissent grâce à sa communication et à ses nouvelles méthodes d'intervention.

Acheter des emprunts d’Etats périphériques de la zone euro ? Cette idée passait encore pour totalement saugrenue au printemps. La cause paraissait perdue d’avance, le risque démesuré. Et pourtant… Les taux espagnols et italiens ont commencé à se détendre progressivement à partir du mois de juin, puis, sans discontinuité, à partir du mois d’août. Aujourd’hui, les gestionnaires d’actifs recommencent même à se positionner sur les maturités courtes émises par ces pays.

Rupture

Comment expliquer ce revirement radical du sentiment de marché ? « Le changement de règles du jeu de la Banque centrale européenne (BCE), confirmé le 6 septembre, répond Nicolas Forest, responsable de la stratégie taux de Dexia AM. C’est une révolution au sein de l'institution. La rupture est telle dans sa façon d’agir qu’il ne peut y avoir que des effets positifs au moins à court terme. » La BCE a déclaré qu’elle pourrait désormais effectuer des achats de titres souverains de façon illimitée. En outre, elle renonce à sa « séniorité », c'est-à-dire qu’elle se placera au même rang que les autres créanciers dans le cadre de ces opérations. Ce sont deux décisions majeures. « C’est la fin de l’amateurisme qui a prévalu lors des tentatives de régler la crise grecque », analyse Nicolas Forest. Le président de la BCE, Mario Draghi, « a donné assez de substance pour démontrer que l’intervention de la banque centrale n’est pas une question de 'si', mais de 'comment' ou de 'quand' », relève Bruno Cavalier, chef économiste d'Oddo Securities. Un point essentiel pour rassurer les investisseurs, notamment ceux qui craignent une dislocation de la zone euro.

Triple succès

« L'action de la BCE est un triple succès, un succès financier, politique mais aussi de communication », résume Nicolas Forest. La banque centrale a su préparer le marché à l’annonce de son nouveau mécanisme d’intervention et le lui faire accepter. Preuve de la crédibilité de sa parole, le repli des taux espagnols et italiens s’est effectué en fonction de ses déclarations, sans que l’institution n’acquière de titres souverains sur leurs marchés secondaires respectifs.

Les résultats de la réunion du 6 septembre sont aussi un succès politique. « La démocratie européenne revient au devant de la scène », commente Nicolas Forest, puisque la BCE a décidé de lier son nouveau programme d'achats de titres publics (dénommé OMT - Outright Monetary Transactions) à la politique menée au sein de chaque pays de la zone euro, aux engagements pris par leurs gouvernements respectifs. Les pays qui souhaiteront bénéficier de l'OMT devront au préalable faire appel au Fonds européen de stabilité (FESF) / Mécanisme européen de stabilité (MES) et s’engager à suivre certaines orientations budgétaires et à lancer des réformes structurelles. « La banque centrale ne donne pas de chèque en blanc et met les politiques face à leurs responsabilités », ajoute Nicolas Forest.

C'est aussi un succès financier. L’anticipation d’une possible intervention de la BCE sur les maturités courtes (jusqu'à trois ans) fait baisser l’aversion pour le risque et entraîne, de façon mécanique, une détente des taux longs. Une bouffée d’oxygène pour les pays dont les charges d’intérêts de la dette représentent une part importante de leur budget, tels que l’Italie.

Pour autant, tous les problèmes de la zone euro ne sont pas résolus. Le risque systémique peut ressurgir si les gouvernements engagés à réaliser des réformes ne suivent pas leur feuille de route. A plus court terme, la volatilité peut revenir sur les marchés de taux périphériques si l'Allemagne n'adopte pas le MES. Il reste aussi à lever l'inconnue espagnole. Le gouvernement de Mariano Rajoy se résoudra-t-il à demander une aide à l'Union européenne, et si oui de quel ordre ? De quoi tenir en haleine les investisseurs encore quelque temps.

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