Entretien avec… Paul-Henri de La Porte du Theil, président de l’Association française de la gestion financière (AFG)

« Bâle III est une approche inquiétante »

le 03/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Quel regard portez-vous sur la chute des encours des OPCVM monétaires ?

Pour des raisons liées à Bâle III et aux ratios de liquidités, les banques ont fait la chasse aux dépôts et organisé le transfert des OPCVM monétaires, notamment auprès des clients particuliers. Je pense que c’est une mauvaise réponse apportée à un vrai problème car 80 % de l’actif de ces fonds monétaires sont des titres bancaires, notamment des certificats de dépôt. En terme d’emplois/ressources, ce n’est donc pas une bonne idée. Par ailleurs, un certain nombre de clients, surtout entreprises et institutionnels, ont besoin de ces produits car ils offrent diversification, souplesse et liquidité. Ces clients vont donc aller les chercher ailleurs en Europe et cette épargne sera alors investie dans d’autres produits, irlandais ou luxembourgeois, avec des titres de banques étrangères. On aura fini par tout perdre.

Cette situation sur les monétaires est-elle une tendance de long terme ?

Une chose est sûre, la problématique Bâle III est appelée à durer. Le mouvement ne repartira donc pas en arrière. C’est une approche inquiétante. Certes, si les taux remontent, les OPCVM monétaires retrouveront des couleurs. Mais si les banques font du dumping sur les dépôts, comme nous l’avons vu en Espagne, les clients reviendront plus difficilement.

Quelles peuvent être les conséquences pour la place française ?

Elles sont forcement négatives car les sociétés de gestion françaises ont développé une forte expertise sur les monétaires, représentant le tiers des encours d’OPCVM français. Les positions françaises en termes de parts de marché européennes vont en pâtir, d’autant que la collecte de produits longs est repartie plus vite en 2010 en Allemagne et en Grande-Bretagne. En outre, on risque de pénaliser des produits très utiles à la gestion de la trésorerie des entreprises et à leur financement court. Cela dit, la gestion française a développé d’autres cordes à son arc : elle est la première depuis longtemps en Europe en matière de gestion obligataire et de gestion structurée, elle a fait une percée remarquée depuis quelques années en matière de gestion actions. Les succès de nombreuses sociétés de gestion à l’international, grandes et moins grandes, sont là pour en témoigner.

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