Les balances courantes se rééquilibrent en zone euro

le 04/10/2012 L'AGEFI Hebdo

Les pays périphériques résorbent leurs déficits, mais l’Allemagne conserve un excédent élevé. Un ajustement négatif pour la croissance mondiale.

La zone euro est-elle en train de retrouver l'équilibre ? En juillet, les pays périphériques (Irlande, Espagne, Portugal et Grèce) ont tous enregistré un excédent de leur balance courante. Entre 2008 et 2011, leurs soldes se sont améliorés de quelque 5 % du PIB. Dans le même temps, l’Allemagne a légèrement réduit son excédent courant, de 6,2 % à 5,7 %. Une bonne nouvelle car les déséquilibres des balances courantes en Europe sont tenus pour responsables de la crise des dettes souveraines par nombre d'économistes. « La zone euro est une union monétaire sans fédéralisme, explique Patrick Artus, directeur de la recherche de Natixis. Cela implique que ses membres ne peuvent pas avoir de déficit extérieur permanent, car alors ils accumulent de la dette extérieure, ce qui conduit à une crise de solvabilité. » D’ailleurs, l’Union européenne s’est dotée, avec le « Six-Pack » entré en vigueur en décembre 2011, d’une procédure de déséquilibre macroéconomique excessif. Les Etats membres sont invités à ne pas dépasser 4 % de déficit courant et 6 % d’excédent (exprimé comme la moyenne des trois dernières années).

Choc de demande

Les pays périphériques portent l’essentiel de la charge du rééquilibrage. « Leur demande interne est en forte contraction, leurs importations s’effondrent, surtout en Espagne et en Grèce, et ils regagnent aussi de la compétitivité, notamment l’Irlande et le Portugal, observe Raphaël Gallardo, responsable de la recherche économique de Rothschild & Cie Gestion. Ceux-là affichent une surperformance à l’exportation dans un contexte où le commerce mondial a calé et où l’euro remonte. » En revanche, en Allemagne, la demande interne reste décevante. « Une demande plus forte outre-Rhin serait bénéfique à la fois pour ce pays et pour ses partenaires commerciaux », notait le Fonds monétaire international dans sa dernière note de surveillance du G20. « L’Allemagne considère au contraire qu’elle doit son excédent à ses efforts de compétitivité, à dix ans de rigueur salariale, indique Raphaël Gallardo. Elle trouve inacceptable que les ‘cigales’ d’hier viennent lui faire la leçon et lui demandent de consommer davantage. Elle reste fidèle à ses principes ordo-libéraux et ne souhaite pas assumer une responsabilité plus grande dans la gestion du cycle européen. »

Selon Guillaume Gaulier et Vincent Vicard, économistes de la Banque de France, la montée des déséquilibres à l’intérieur de la zone euro était davantage due à un « choc de demande » dans les pays périphériques qu’à un « choc de compétitivité dans les échanges » : « Dans le contexte de l’intégration financière, l’afflux de capitaux dans les secteurs non exposés à la concurrence étrangère a pu alimenter la demande d’importation et pousser à la hausse les prix des biens et services, avant tout non échangeables internationalement. » En revanche, ces pays ont assez bien préservé leurs parts de marché, en dépit d’une compétitivité-coût dégradée, selon eux.

Cette dynamique de dévaluation interne n’est pas sans conséquences sur la croissance dans le monde. La zone euro voit son excédent progresser vis-à-vis du reste du monde, à l’exception de l’Europe centrale. Selon les économistes de Credit Suisse, ce phénomène engendre un choc négatif sur l’économie mondiale, notamment asiatique.

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