« Bad bank » espagnole, l'ultime bouée de secours

le 30/08/2012 L'AGEFI Hebdo

Madrid va lancer sa structure de défaisance destinée à nettoyer les bilans bancaires de leurs actifs immobiliers.

Quitte ou double. C'est la dernière ligne droite ; les banques espagnoles en difficulté vont pouvoir se séparer de leurs actifs immobiliers toxiques. Après des mois de tergiversations, le gouvernement espagnol est sur le point de créer une bad bank, une structure de défaisance qui permettra d’isoler tous les actifs toxiques logés dans les bilans bancaires. Cette séparation, imposée par Bruxelles, doit permettre de remettre les compteurs à zéro. L’aide européenne (environ 60 milliards d’euros évoqués) leur servira pour s’assainir et se renflouer. A court terme, cette séparation obligera toutefois le secteur bancaire à afficher des pertes. A long terme, elle lui sera bénéfique.

Les détails relatifs au fonctionnement de la structure de défaisance ne sont pas tous connus. Seule certitude, elle aura une durée de vie de 10 ans, a déclaré le ministre de l’Economie, Luis de Guindos. Ce que l’on sait c’est que cette bad bank « ne sera pas une banque mais une société de gestion d’actifs immobiliers des banques qui ont reçu des aides publiques », précise Joaquín Maudos, professeur d’économie à l’Institut de Recherches Economiques de Valence (IVIE).

Les actifs à absorber

Reste à déterminer la nature des actifs qu’absorbera la bad bank, un élèment crucial pour connaître le montant des actifs à isoler. Fin 2011, les banques et les caisses espagnoles possédaient 85 milliards d’euros d’actifs problématiques correspondant aux logements, bureaux, terrains, promotions immobilières et autres impayés. Mais cette somme s’élève à 184 milliards d’euros, si on y inclut l'ensemble des créances douteuses du secteur immobilier, selon un document de la Banque d’Espagne publié en mai dernier.

Les chiffres varient si la bad bank prend en compte les participations des banques dans les entreprises de promotion immobilière, comme le souhaiteraient certaines d'entre elles. Selon le quotidien Expansion, le mémorandum de l’Union européenne laisserait une porte ouverte pour que les banques puissent se délester du fardeau de leurs participations dans ces sociétés de promotion immobilière.

Etablir un prix moyen

L’avantage de la bad bankest double pour les banques, explique Antonio Argandoña, professeur d’économie de l’IESE de Barcelone. D’un côté, « elles confieront la gestion de ces actifs à des experts externes » et de l’autre, « elles clarifient la valeur de leurs actifs problématiques ». En septembre sera publié le rapport des sociétés d’audit, qui ont révisé les comptes, faisant la lumière sur les chiffres exacts. Pour Antonio Argandoña, « ceque diront les auditeurs sera déterminant pour établir le montant du sauvetage ». La meilleure solution serait d’établir un prix moyen pour ces actifs, estime-t-il.

Ce point constitue l’enjeu principal de la bad bank. Pour Joaquín Maudos, « si l’évaluation des actifs est trop élevée, la probabilité de les céder diminuera, d’autant plus qu’avec la conjoncture économique actuelle, les experts jugent que les prix de ces immeubles vont encore chuter. Si l’évaluation des prix est trop faible, la banque devra provisionner un volume d'autant plus important de pertes ». Miguel Angel Bernal, professeur d’économie à l’Institut d’études boursières (IEB) de Madrid, rappelle l’expérience irlandaise : « En Irlande, ils ont été très exigeants avec les prix et les pertes furent tellement importantes pour les banques qu’elles ont provoqué leur chute, entraînant dans leur sillage l’Etat irlandais et provoquant le sauvetage du pays. »

Autre question en suspens : celle du financement. Logiquement, c’est le Fonds de restructuration ordonnée du système bancaire (Frob), qui gérera le prêt de l’Union européenne et deviendra de ce fait la plus grande agence immobilière du pays. « C’est donc l’Etat qui obtiendra les recettes dérivées de la vente de ces actifs » mais aussi « qui en assumera les pertes ». La bad bank ne peut donc pas échouer car elle pourrait entraîner dans sa chute l’intégralité du pays.

« Une fois l’assainissement achevé et le prêt remboursé, le système financier espagnol pourrait devenir le secteur bancaire le plus sain au monde », souligne, optimiste, Miguel Angel Bernal. Pour Antonio Argandoña, la partie est loin d'être gagnée : « Ce n’est pas parce que les banques sont assainies que le crédit va se récupérer du jour au lendemain. » Selon lui, le retour de la confiance des marchés pour prêter de nouveau aux banques espagnoles risque d’être lent.

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