La « bad bank » espagnole à la recherche de capitaux privés

le 15/11/2012 L'AGEFI Hebdo

En principe opérationnelle fin novembre, la structure de défaisance n’a toujours pas convaincu les investisseurs.

Peu d’engouement pour la « bad bank » espagnole. A quelques semaines de sa mise en route, on ne sait toujours pas qui entrera au capital de la Sareb (Société de Gestion des Actifs liés à la Restructuration Bancaire), structure de défaisance créée pour assainir les banques de leurs actifs immobiliers toxiques.

Pour les quatre caisses d’épargne nationalisées, Bankia, Catalunya Caixa, NovaCaixaGalicia et Banco de Valencia, le transfert de ces actifs est imminent puisqu’il aura lieu, selon la Banque d’Espagne, le 1er décembre. Décotes comprises, 45 milliards d’euros d’actifs immobiliers seront dans un premier temps absorbés par la Sareb. Plus de la moitié proviendront de Bankia qui lui passera 24,8 milliards d’euros d’actifs après décotes. Puis viendront s’y ajouter ceux des banques qui n’ont pas réussi à lever des fonds pour se recapitaliser avant juin 2013. Fernando Restoy, le président du Fonds de restructuration bancaire (Frob) qui a présenté le schéma de la structure de défaisance en octobre dernier, reste ferme : le total des actifs à gérer par la Sareb ne dépassera « en aucun cas » les 90 milliards d’euros.

Des prix bradés

La clé se trouve dans les importantes remises qui seront réalisées sur la valeur comptable des actifs à transférer. La Sareb achètera pour une bouchée de pain les actifs pourris des banques fragiles avec des ristournes moyennes de 45,6 %. Une remise de 63,1 % sera appliquée sur les biens saisis et de 79,5 % sur les terrains non construits, considérés comme les plus toxiques.

Joaquin Maudos, professeur d’économie à l’Institut de recherche de Valence, rappelle l’expérience de la Nama (National Asset Management Agency, créée en 2009), la bad bank irlandaise : « En Irlande, la Nama a assumé des actifs immobiliers avec d’importantes remises, mais les prix ont continué de chuter, ce qui a obligé les banques à assumer d’importantes pertes. »

Dans le cas de l’Espagne, les remises appliquées correspondent aux quantités déjà provisionnées par les banques espagnoles depuis février dernier en vertu des décrets du ministre de l’Economie, Luis de Guindos. Ces derniers exigeaient des établissements qu’ils mettent de côté 84 milliards d’euros de provisions pour couvrir les crédits alloués aux promoteurs, soit un total de 310 milliards d’euros fin 2011, selon l’agence de presse Efe.

Le problème principal est de savoir si « la Sareb sera capable d’attirer des investisseurs privés », remarque Joaquin Maudos. Pour le gouvernement espagnol, il est primordial que « des investisseurs privés entrent au capital de la Sareb à hauteur d’au moins 51 % afin que la participation publique du Frob soit minoritaire ». Lors de la présentation de la Sareb, Fernando Restoy avait bien souligné l’importance de « minimiser l’utilisation des fonds publics ainsi que le coût pour le contribuable espagnol ». Sa préoccupation majeure est d’éviter une augmentation de la dette publique. Le régulateur avait donc bien insisté sur la rentabilité de la société estimée entre 14 % et 15 %.

Mais les investisseurs privés se montrent frileux. Lors de la présentation des résultats trimestriels du groupe, Angel Cano, le président de BBVA, a manifesté sa réticence à investir dans un tel véhicule. Joaquin Maudos est pourtant convaincu que « les banques espagnoles finiront par le faire pour le bien du pays ». « Que cela leur plaise ou non, les banques espagnoles devront y participer », déclare Jorge Soley, professeur à l’IESE Business School. Car il sera difficile de convaincre les investisseurs étrangers « en raison d’un PIB qui continuera de chuter en 2013 », selon Joaquin Maudos, et une prime de risque trop élevée, selon Rafael Pampillón, professeur à l’IE Business School.

Un dispositif insuffisant ?

Selon un analyste de Londres, « à la différence des pays qui ont assaini leurs systèmes via une ‘bad bank’, les recettes jusqu’ici appliquées ne sont pas suffisantes car l’Espagne ne peut pas recourir à la planche à billets. Lorsqu’on va commencer à délester ces actifs, les prix vont chuter car actuellement, la demande est trop faible en raison de la récession et du chômage ». C’est aussi l’avis de Rafael Pampillón qui cite l’exemple de la Suède : « La Suède a réussi à vendre les actifs toxiques de sa ‘bad bank’ à un prix bien supérieur que celui de l’achat. Ce que ne pourra faire l’Espagne, vu l’état de la conjoncture écnonomique. »

Au vu de cette situation, le gouvernement espagnol pourrait bien être obligé de demander le plan de sauvetage auquel il rechigne tant. Imposée par Bruxelles, la bad bank est pourtant l’une des conditions pour recevoir la ligne de crédit de 100 milliards d’euros.

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