L'avis de... Marc-Antoine Collard, économiste à Société Générale

« Aux Etats-Unis, le GNL est l'objet d'un débat politique »

le 05/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Les Etats-Unis ont-ils les moyens de devenir un important exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL) et de bouleverser le marché mondial ?

Les Etats-Unis sont devenus le premier producteur mondial de gaz, devant la Russie. La découverte et l’exploitation de gisements de gaz de schiste y ont créé un surplus d’offre et une chute des prix. Les producteurs de gaz cherchent naturellement à trouver de nouveaux débouchés au moment où la demande mondiale pour ce combustible connaît un essor important. Un premier terminal d’exportation de GNL d’une capacité de 18 millions de tonnes par an est en construction. Des demandes de permis pour d’autres terminaux ont été déposées pour une capacité totale de près de 230 millions de tonnes. En comparaison, le Qatar, qui est le numéro un mondial actuel pour le GNL, a une capacité de production de 77 millions de tonnes.

Cette marche en avant peut-elle être entravée ?

Evidemment, toutes les demandes de permis déposées ne seront pas acceptées. A côté des indispensables infrastructures à construire, je vois trois obstacles d’ordre réglementaire, politique et de prix. Pour exploiter le GNL, le feu vert de deux administrations, le département de l’Energie (DoE) et la Commission fédérale de régulation de l’énergie (FERC), est nécessaire. Mais surtout, le GNL est au cœur d’un débat politique. A qui doit profiter la rente gazière ? Certains parlementaires américains craignent que les exportations de GNL n’entraînent une hausse du coût du gaz aux Etats-Unis, mettant en péril le redressement des industries manufacturières - notamment pétrochimiques - dépendantes d’un gaz à bas prix. D’autres craignent une hausse potentielle de la facture énergétique pour les consommateurs en cas de trop forts volumes d’exportations de GNL. Il faut rappeler que l’abondance du gaz a favorisé la production d’électricité à l’aide de ce combustible, aux dépens du charbon. Enfin, une grande incertitude plane sur l’évolution des écarts de prix entre les Etats-Unis et l’Asie/Europe. Ces écarts qui sont aujourd’hui élevés pourraient en effet diminuer en raison de l’apparition de nouvelles capacités, notamment en provenance de l’Australie qui deviendrait d’ici à 2017 le premier exportateur gazier au monde, devant le Qatar.

Jusqu’ici indexé sur les cours du pétrole, le prix du gaz va-t-il devenir indépendant ?

On estime que le prix du gaz importé est fonction de celui du pétrole dans 70 % des cas, voire 90 % et plus en Asie. Si les Etats-Unis deviennent un exportateur important, les contrats de vente du GNL pourraient s’indexer de plus en plus sur le gaz américain et non plus le pétrole. Un défi majeur pour le Qatar, mais encore davantage pour la Russie.

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