Dossier Marchés émergents

Attijariwafa Bank, une ambition africaine

le 03/05/2012 L'AGEFI Hebdo

La première banque marocaine a essaimé en Afrique subsaharienne grâce à une politique de croissance externe à marche forcée.

Une multinationale panafricaine. » C’est en ces termes que se définit Attijariwafa Bank qui, à partir du Maroc, a su essaimer dans une dizaine de pays africains (Tunisie, Sénégal, Burkina Faso, Guinée-Bissau, Mali, Mauritanie, Côte d’Ivoire, Congo, Gabon et Cameroun). Née le 1

erseptembre 2004 de la fusion de la Banque Commerciale du Maroc avec Wafa Bank, elle est aujourd’hui le premier groupe de services financiers au Maroc, tant par le bilan que par le produit net bancaire ou les résultats (voir le tableau). « La banque est structurée en quatre métiers, expliquent les analystes d’AlphaMena, un bureau d’analyse financière indépendant, spécialisé dans la couverture des entreprises du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Les activités de banque au Maroc, en Europe et en zone offshore, la banque de détail à l’international (Tunisie et pays subsahariens), l’assurance et l’immobilier, et enfin les sociétés de financements spécialisés (comprenant les filiales marocaines de crédit à la consommation, crédit immobilier, 'leasing', transfert d’argent cash…). Mais les deux premiers métiers sont les principaux contributeurs au produit net bancaire (78 % en 2011). »

Capital confiance

Même si le groupe continue à réaliser 82 % de son résultat net au Maroc, ce sont aujourd’hui ses activités de banque de détail en Afrique qui retiennent l’attention. Un petit rappel historique s’impose. Peu après la fusion qui a donné naissance à Attijariwafa Bank, la nouvelle entité s’est engagée dans un développement à l’international à marche forcée, et plus précisément en Afrique. Cette politique s’est faite principalement à coups d'acquisitions, comme ce fut le cas au Sénégal où après avoir reçu l'agrément bancaire des autorités locales en septembre 2005, la banque marocaine lance ses activités de banque de détail à l'été 2006 et, dans la foulée en janvier 2007, rachète 66 % du capital de la Banque Sénégalo-Tunisienne (BST). L’opération, qui marque la naissance d'Attijariwafa Bank Sénégal, sera suivie la même année par l'acquisition de 79 % de CBAO (Compagnie Bancaire de l’Afrique Occidentale), débouchant en juin 2008 sur la fusion des deux établissements. « Attijariwafa Bank a également su mettre en place des partenariats fructueux, indique un banquier marocain. En novembre 2008, la cession de 24 % de Crédit du Maroc et de 15 % de Wafa Solas au Crédit Agricole s’est faite en contrepartie d’une contribution de ce dernier au financement d’un réseau déjà existant de banques de détail en Afrique subsaharienne, sur lesquelles Attijariwafa Bank a étendu son contrôle (au Congo, au Gabon, en Côte d'Ivoire et au Cameroun). En outre, un partenariat avec Banques Populaires lui a permis de mettre la main sur BNP Paribas Mauritanie. » Une expansion payante puisque les activités de banque de détail en Afrique hors Maroc (Tunisie et Afrique subsaharienne) ont vu leur contribution au résultat net progresser de près de 52 % en 2011, et ce malgré l’impact des printemps arabes, et plus particulièrement des crises tunisienne et ivoirienne. « En 2012, 17 % du résultat d’exploitation d'Attijariwafa Bank devrait provenir de ses activités en Afrique subsaharienne », anticipe Bassem Neifer, analyste d’AlphaMena.

La banque marocaine n’a pas eu de mal à financer cette stratégie ambitieuse, par augmentation de capital mais surtout par des emprunts obligataires. Détenue à 48,7 % par la Société Nationale d’Investissement, une puissante holding marocaine, elle bénéficie d’un capital confiance de la part des investisseurs. L'établissement a levé 2 milliards de dirhams marocains en février 2007. Il a répété l'opération pour un montant de 3 milliards (sur deux opérations séparées) en juin 2008 et en juin 2009 via des emprunts obligataires subordonnés réservés aux investisseurs institutionnels. Notée « BB/B » par Standard & Poor’s, la banque a vu la perspective de sa note à long terme passer de « stable » à « positive » en novembre. Tout en pointant du doigt la relative faiblesse de la capitalisation de la banque, les analystes de l’agence de notation estiment que le risque est contrebalancé par un soutien extraordinaire du gouvernement marocain en cas de besoin. En outre, le groupe devrait continuer à bénéficier de sa position de leader sur le marché marocain, et sa stratégie, marquée par une ambitieuse expansion à l’international, commence à porter ses fruits. Enfin, Attijariwafa Bank bénéficie aussi d’un contexte porteur dans l’assurance au Maroc, compte tenu du programme Assurance 2011-2015, signé entre le gouvernement et les compagnies d’assurances, qui vise à développer la pénétration des différents produits d’assurance au Maroc.

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