L'invité de L'Agefi

Attention à la confusion sur les ETF

le 06/10/2011 L'AGEFI Hebdo

Chaque approche des « exchange-traded funds » a des avantages, mais plus de transparence serait bienvenue.

Par Eric Wohleber, directeur général de BlackRock France

Le marché des ETF connaît un formidable succès et représente un encours à fin août de 1.366 milliards de dollars pour les ETF seuls et de 1.575 milliards avec les ETP (exchange-traded products). Depuis janvier, il a même collecté 106 milliards supplémentaires ! Face à un tel engouement, il est normal qu’il suscite des interrogations, de la part des régulateurs comme de l’industrie.

Avant de revenir sur ces interrogations, notamment sur les amalgames entre les produits cotés et la complexité croissante des modes de gestion, je voudrais rappeler pourquoi les ETF se développent aussi vite, malgré la chute des indices boursiers. Ils se développent parce qu’ils sont un outil de gestion simple et efficace, qui s’affranchit des problématiques de performance des fonds traditionnels et des modes de commissionnement des réseaux de distribution.

Mais ce développement se fait avec une certaine confusion. J’entends ainsi souvent parler des « ETF Gold », alors qu’ils n’existent pas ! Les ETF sont des fonds, gérés par des sociétés de gestion, comme des OPCVM classiques. Dans ce cas, l’investisseur est donc protégé par les règles s’appliquant à la gestion collective (issues de la directive Ucits IV, NDLR)

Dans le cas des ETP (ETN*, ETC**…), il s’agit d’instruments de dette qui ne relèvent pas de la même réglementation et comportent un niveau de risque différent. Ils ont été créés pour donner accès à des sous-jacents spécifiques tels que l’or et d’autres matières premières, ce que ne permettent pas les ETF, un fonds ne pouvant avoir un seul sous-jacent. Je rappelle qu’au moment de la faillite de Lehman Brothers qui fut le test de résistance le plus sévère qu’on puisse imaginer, aucun ETF au monde n’a fait défaut. Ce ne fut pas le cas de certains ETN et ETC.

Les ETF relèvent donc de la gestion pour compte de tiers et non de la gestion pour compte propre, il était utile de le rappeler. Mais cela se complique lorsque l’on entre dans le détail, car il existe deux modes de gestion distincts des ETF : la réplication physique ou synthétique. La première consiste à investir dans les titres qui composent l’indice, en toute transparence. Il s’agit d’une gestion totalement industrialisée où la taille est un atout majeur. Ici, tout est question de construction de portefeuille, de contrôle des coûts d’exécution, de stratégies de rebalancement et de technologie. Ce mode de gestion permet aussi à l’investisseur de bénéficier des revenus éventuels du prêt de titres. La gestion synthétique vient quant à elle du monde de la banque de financement et d'investissement et s’appuie sur l’utilisation de produits dérivés, comme le swap qui est un contrat d’échange de performance. Cette méthode, qui introduit un risque de contrepartie, présente néanmoins des avantages. Par exemple, elle permet de rendre éligibles au PEA des indices actions qui ne le seraient pas. L’utilisation d‘un swap facilite également l’accès à des classes d’actifs spécifiques comme les matières premières, pour lesquelles il serait impossible de détenir en direct le sous-jacent physique dans un fonds Ucits.

Même si les deux approches présentent des avantages spécifiques, je suis assez favorable à plus de transparence dans les modes de gestion. Certains ETF ne précisent même pas s’ils sont physiques ou synthétiques ! Pourquoi ne pas encourager les promoteurs à écrire le mot « swap » dans le nom du produit afin d’aider l’investisseur à les identifier ?

L’industrie a donc besoin de plus de transparence, et tout le monde en bénéficiera. Car le développement des ETF ne va pas s’arrêter là. Ils ne représentent que 4 % de la gestion collective en Europe, contre 8 % déjà aux Etats-Unis. Et ils constituent un excellent stimulateur pour les gérants actifs. Car leur développement relève plus d’une stratégie « barbell » (combinaison au sein d’un portefeuille de fonds de gestion active et de gestion passive, NDLR) que d’un arbitrage gestion passive versus gestion active. L’investisseur les favorise pour ses choix tactiques, ainsi que pour du long terme. Mais celui-ci croit aussi en l’alpha et veut sélectionner de bons gérants en qui il a confiance et dont les capacités en matière de gestion de risque sont largement reconnues. Au niveau mondial, le retour en grâce de la gestion alternative qui a retrouvé son niveau d’encours de 2007 (de l’ordre de 2.000 milliards de dollars) le prouve. En revanche l’investisseur, privé ou institutionnel, délaisse clairement les stratégies trop chères et sans saveur, et cela représente un grand défi pour notre industrie.

*'exchange-traded notes' ; **'exchange-traded commodities'

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