Les assureurs vie délaissent les fonds en euros

le 19/01/2012 L'AGEFI Hebdo

Dans un contexte économique et financier défavorable, les compagnies doivent réorienter leur collecte vers de nouvelles solutions.

photo : Frederic Bos - Fotolia.com

C’est parti ! Les assureurs vie dévoilent les uns après les autres la rémunération de leurs fonds en euros. L’Afer (Association française d’épargne et de retraite), véritable mesure étalon dans le milieu de l’assurance, a annoncé un taux garanti de… 3,43 %. Plutôt séduisant mais moins bon qu’en 2010 où les assurés avaient vu leur épargne revalorisée au taux de 3,52 %. Comme attendu, le rendement moyen est en baisse : aux alentours de 3 %, contre 3,4 % l’an dernier.

Derrière ce repli continu des rendements : le décrochage du marché actions et un rendement de l’OAT (obligation assimilable du Trésor) à 10 ans historiquement bas. Sans omettre une crise sans précédent sur les dettes souveraines de la zone euro. Un maelström de mauvaises nouvelles qui a poussé nombre d’épargnants à se détourner de ce placement. Depuis septembre, la décollecte est continue.

Composant avec cet environnement adverse, les assureurs adaptent leurs allocations de portefeuilles. « Il est important que nos équipes de gestion mènent une politique d’investissement flexible », souligne Sylvain Coriat, directeur des assurances de personnes chez Allianz France. Dès le premier semestre 2010, l’assureur a progressivement réduit la part de dette souveraine grecque, pour ne plus détenir aucune ligne du Trésor hellénique. « Rapportée à l’ensemble du portefeuille, la dette souveraine est exposée à hauteur de 17 % sur la France, 2,5 % sur l’Italie et 0,4 % sur l’Espagne, poursuit-il. En revanche, aucun titre de dette portugaise et irlandaise. »

Du côté de Macif Gestion, les émissions de la France sont privilégiées par rapport à celles de l’Allemagne moins rémunératrices. « Les périphériques pèsent moins de 5 %, avec une exposition à l’Italie de 1,4 %, sur des maturités courtes, de 0,7 % sur l’Espagne et de 0,1 % sur la Grèce », développe Hugues Fournier, directeur général de Macif Gestion. Si, pour 2012, les dettes d’Etats périphériques ne seront pas privilégiées, les papiers corporate devraient apporter un complément de rendement. « Les marges sont au moins de 1 % supérieures au taux sans risque. En ce début d’année, nous pouvons trouver des rendements de l’ordre de 3,5 % à 4 %. Cette rémunération devrait se maintenir en raison d’une défiance généralisée sur la zone euro », anticipe-t-il, optimiste.

De même chez Axa France, les investissements en obligations restent principalement effectués en OAT, le poids du Portugal, de la Grèce et de l’Irlande représentant moins de 1 % des actifs. « Cependant, il ne faut pas assimiler tous les pays PIIGS (Portugal, Irlande, Italie, Grèce et Espagne, NDLR) qui connaissent chacun des situations bien différentes », prévient Odette Cesari, directeur des investissements d’Axa France. Cette année et les suivantes, la gestion actif/passif est plus que jamais au cœur de nos préoccupations : la duration du portefeuille est gérée en adéquation avec celle du passif, actuellement de 7 ans. »

Globalement, la crise de la dette souveraine dans la zone euro n’est pas encore visible dans la performance des fonds en euros, selon Cyrille Chartier-Kastler, président du cabinet de conseil Facts & Figures : « Cela pourrait ne pas être le cas en 2012, surtout s’il y a un problème grave sur la dette italienne où les positions des assureurs sont bien plus importantes. » Avec, au bout du compte, un risque encore plus marqué sur la performance des fonds en euros.

Transfert du risque

Pour la profession, innover est impératif. « Des réflexions de fond doivent être menées sur la nécessité de concevoir de nouvelles solutions d’épargne et de retraite comme alternative », relève le cabinet Optimind en conclusion d’un sondage sur l’avenir des contrats en euros réalisé par l’institut OpinionWay.

L’idée maîtresse reste la sécurisation des versements. Près de 60 % des professionnels interrogés estiment que les contrats en euros seront remplacés par des produits à « capitaux garantis ». Mais cette promesse est devenue trop coûteuse à financer pour les assureurs ainsi que pour les souscripteurs en termes de rendement. « Le marché doit donc se tourner vers des garanties moins complètes », indique le cabinet d’étude.

Les assureurs sont d’ores et déjà à la tâche. Ag2r La Mondiale n’a pas attendu la crise pour faire évoluer son offre. Le contrat « eurothématique », également appelé gestion « à coussin », se rapproche le plus du fonds en euros. « Le capital est garanti à tout moment et il bénéficie d’un effet cliquet sur la performance », explique Serge Moreno, directeur marketing patrimonial de la compagnie. La différence est que l’assuré peut accuser une année blanche en termes de rendement sans être toutefois négatif. Comment fonctionne-t-il ? Une partie de l’actif est investie dans des supports en actions. Cette poche est gérée activement en fonction de l’évolution de la Bourse. Dès que les conditions de marché deviennent moins favorables, elle est réduite. « La perte maximale que l’on s’accorde sur ce type de contrat est celle des intérêts prévus sur l’année, poursuit Serge Moreno. Cela demande une gestion fine car si la perte venait à être supérieure, c’est l’assureur qui doit la combler. »

Des solutions innovantes

Deuxième solution : les contrats « eurodiversifiés ». Là aussi, une partie de l’actif est allouée en actions et gérée dynamiquement. Mais contrairement à la précédente formule, l’assuré rachetant son contrat avant l’échéance le fera au prix du marché. Il s’expose donc à une perte en capital. « Lorsque nous avons réfléchi au produit BNP Paribas Avenir Retraite, nous ne cherchions pas un substitut au fonds en euros mais à proposer un produit d’épargne retraite de long terme », poursuit Jean-Pierre Diaz, responsable produits épargne et prévoyance France de BNP Paribas Cardif. Si le concept est simple, la cuisine interne est plus complexe. L’assureur doit comptabiliser deux types de provisions : une mathématique qui évolue au gré du temps et du taux d’actualisation et une de diversification. Cette dernière est individualisée par assuré, ce qui requiert des outils de gestion spécifiques.

Guère plus simple à gérer techniquement pour les assureurs, les contrats à annuités variables sont une sorte de produit en unités de compte mais assortis de garanties financières. L’intérêt pour l’assuré est de connaître, dès la souscription, le revenu minimum garanti qu’il recevra lors de son départ à la retraite. Le contrat à annuités variables bénéficie d’un effet de cliquet sur la performance annuelle et donc sur le revenu minimum garanti. « Un investisseur qui place 100.000 euros avec un taux de revenus garanti de 4,5 % recevra 4.500 euros par an, au minimum, à partir de 60 ou 65 ans, précise Serge Moreno. Si la valeur du contrat augmente de 10 % une année donnée, le revenu minimum garanti augmentera de 10 %, soit 4.950 euros, et il est acquis à l’assuré. » Les retraits durant la phase de capitalisation sont possibles mais en valeur de marché, donc moyennant un risque de perte en capital.

Malgré leur caractère innovant, ces solutions n’ont pas rencontré leur public. « Ces produits sont complexes et ne répondent pas aux besoins du plus grand nombre, regrette Cyrille Chartier-Kastler. Le fonds en euros est apprécié pour sa simplicité et sa souplesse. » Mais au-delà, il s’agit bien pour les assureurs vie de faire glisser le risque qu’ils supportent dans leurs fonds en euros vers l’assuré désormais exposé en unités de compte.

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