Les assureurs néerlandais prennent de l’avance sur Solvabilité II

le 30/08/2012 L'AGEFI Hebdo

Début juillet, la banque centrale néerlandaise les a autorisés à passer d’une méthode d’actualisation des passifs basée sur les prix de marché à une formule mixte.

Les Pays-Bas ont pris les devants. Sans attendre le 1er janvier 2014, la banque centrale néerlandaise (la DNB) a anticipé l’une des mesures de Solvabilité II en modifiant le mode de calcul de la courbe des taux servant pour l’actualisation des engagements de passifs. « Les assureurs néerlandais sont passés d’une courbe basée entièrement sur les prix de marché à une courbe calculée à partir d’un taux de marché jusqu’à 20 ans puis synthétique au-delà de cette maturité conformément à la méthodologie de l’'ultimate forward rate' (UFR) », indique Mary Pieterse-Bloem, senior investment strategist chez ING IM. Cette modification, entrée en vigueur le 30 juin, offre une bouffée d’air au secteur.

« La tendance vers toujours plus de 'mark-to-market' du côté notamment du risque de taux d’intérêt, qui a prévalu ces dernières années, semble s’inverser avec la crise », souligne Erwan Boscher, responsable des solutions de gestion pour fonds de pension chez Axa IM Investment Solutions. Ce contexte exceptionnel a poussé les régulateurs à adapter certains principes. « Un tel environnement est en effet difficile à gérer pour les investisseurs de long terme », justifie Amine Benghabrit, directeur commercial chez Allianz GI. Et ce pour plusieurs raisons. La baisse continue des taux d’intérêt est un véritable casse-tête pour les compagnies d’assurances et les fonds de pension. Or les taux sont aujourd’hui à des niveaux historiquement bas. « L’actualisation sur la base des prix de marché actuels renchérit les passifs et diminue le niveau de solvabilité de ces acteurs, ajoute Erwan Boscher. Sans compter que la forte volatilité des marchés rend plus complexe la gestion. » Un autre problème, connexe, est celui de la couverture des passifs de long terme : « Au-delà d’une certaine maturité, les assureurs et les fonds de pension ont des soucis pour couvrir leurs positions car il existe peu de produits et la liquidité est limitée », note Anton Wouters, responsable du LDI et du fiduciary management chez BNP Paribas IP.

D’où l’idée de construire une courbe en deux temps : une première partie calculée sur la base des taux de marché, une deuxième en fonction d’une interpolation linéaire ou d’une formule qui synthétise cette courbe à long terme. « Concrètement, la courbe est constituée d’une première partie allant jusqu’au 'last liquid point' (la maturité au-delà de laquelle la liquidité se réduit, NDLR), fixé à 20 ans, où le taux de marché reste la référence, et d’une deuxième au-delà de cette maturité construite à partir d’une formule mathématique (formule Smith-Wilson), expose Gilles Dauphiné, responsable des solutions de gestion pour les compagnies d’assurances chez Axa IM. Un objectif de taux vers lequel la courbe doit converger en un temps donné est alors fixé. C’est l’'ultimate forward rate' qui est de 4,2 %. Il résulte d’un taux de croissance long terme de 2,2 % et d’une inflation de 2 %. La banque centrale des Pays-Bas a par ailleurs fixé la période de convergence à 40 ans pour les compagnies d’assurances. » « De cette façon, la courbe est lissée sur la partie au-delà de 20 ans dans le contexte de Solvabilité II », reprend le spécialiste de BNP Paribas IP.

Justification politique

Ce changement a plusieurs impacts positifs pour les compagnies d’assurances. En termes de volatilité de la courbe des taux d’abord. « L’'ultimate forward rate' ancre les taux longs, ce qui a pour effet de faire disparaître la volatilité sur la partie longue des engagements des assureurs », explique Rémi Lamaud, responsable de l’ingénierie financière à La Banque Postale AM. Du même coup, ce nouveau mode de calcul diminue l’appétit des investisseurs pour les actifs de très long terme, rares et peu liquides, entraînant une normalisation de la pente sur cette partie de la courbe.

Au-delà de ces aspects techniques, cette décision a une justification politique. « Grâce à cette méthode, la valeur des engagements au passif diminuerait, ce qui permettrait d’améliorer le ratio de couverture et donc de réduire les éventuels besoins de recapitalisation », indique Rémi Lamaud. « Toutefois, si cela résout le problème de la volatilité des passifs, rien ne change d’un point de vue économique pour l’assureur », nuance Andreas Hilka, responsable des retraites pour l’Europe chez Allianz GI.

Ailleurs en Europe, la Suède et le Danemark sont déjà passés à ce type d’actualisation pour les fonds de pension. Les Pays-Bas pourraient, dès cet automne, après les élections législatives anticipées, faire de même pour les fonds de pension. Aux Etats-Unis aussi, une récente réglementation a modifié le mode de calcul d’actualisation des passifs désormais basé sur une courbe des taux lissée sur 25 ans. Le mark-to-market aurait-il fait son temps ?

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