Arabie Saoudite, Qatar - Objectif entreprendre

le 02/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Ces deux pays du Golfe souhaitent attirer les expertises pour développer leur secteur privé.

Centre financier royal en construction à Abu Dhabi (abril 2013). Photo: ©Jim KORPI/REDUX-REA

Venez nous visiter ! » Non en qualité de touriste - les visas touristiques n’existent pas en Arabie Saoudite - mais en qualité d’homme d’affaires ou d’entrepreneur afin de participer à l’accélération de « notre développement ». Tel est le message relayé à l’heure actuelle par deux économies du Golfe, en l’occurrence le Qatar, premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL), et le Royaume saoudien, premier exportateur de produits pétroliers. Le simple énoncé des noms de ces deux pays suscite en France de multiples commentaires contradictoires.

Et pour cause. L'Arabie Saoudite est « insuffisamment connue » dans l'Hexagone, a déclaré Mohamed Ben Laden, président du Conseil d’Affaires Franco-Saoudien (CAFS), en guise d’introduction aux débats de la première édition du Forum franco-saoudien des affaires qui s’est tenu à Paris en avril. Les analyses la concernant sont souvent « marquées du sceau de l’ignorance ou de la mauvaise foi », a-t-il poursuivi. Une remarque qui pourrait aussi convenir à propos du Qatar, surtout connu sur le sol français pour être un investisseur opportuniste. La France est la deuxième plus grande destination de ses investissements à l’étranger.

Pétrole et GNL, une manne

Le Royaume d’Arabie Saoudite est un grand pays « au sens propre », près de cinq fois la France en superficie, « comme au figuré ». C'est un « pôle de stabilité, pas seulement du monde arabe mais du monde », a souligné ensuite, d'emblée, Mohamed Ben Laden. Le pays aide à stabiliser les prix du marché mondial du pétrole. A titre d’exemple, il a augmenté sa production de brut mi-2011 afin de compenser le déficit d'approvisionnement lié aux événements libyens ou, début 2012, afin de contrer les inquiétudes réveillées par de fortes tensions géopolitiques. Ses réserves pétrolières représentent approximativement 19 % des réserves mondiales prouvées et 12 % de la production mondiale, selon le Fonds monétaire international (FMI). Cette manne permet à l'Arabie Saoudite d'engranger des réserves de devises étrangères massives, de 628 milliards de dollars en octobre 2012, en hausse de 17 % par rapport à 2011. Le secteur pétrolier, le plus grand de l’économie, représente environ 21 % du PIB en termes réels.

Quant au Qatar, petit en termes de superficie - environ celle de la Corse -, il joue aussi un rôle notable sur la scène des hydrocarbures. Sa présence est très remarquée sur le marché du GNL depuis l’accélération de ses investissements en la matière à partir de 2003. Sachant conclure des contrats de long terme avec une grande partie de ses partenaires, le Qatar a participé en 2011 à 30 % du commerce mondial de GNL avec 28 % de la capacité mondiale d’exportation (selon le FMI). Le secteur des hydrocarbures participe désormais à un peu plus de 57 % de son PIB. Ce pourcentage considérable devrait diminuer à moyen terme car les autorités ont décidé d’un moratoire des investissements en capacités supplémentaires de GNL jusqu’à 2015, tout en donnant la priorité au financement de la diversification de leur économie (lire l'entretien).

Investissements massifs

Le tableau est donc loin d’être figé. « Il ne faut pas avoir une vision statique de l’Arabie Saoudite », a insisté le président du CAFS après avoir rappelé le dynamisme démographique du Royaume : les deux tiers des Saoudiens (29,3 millions en 2012) ont moins de 30 ans. Or « le taux de chômage des jeunes est de 30 %, expose Pascal Devaux, économiste senior de BNP Paribas. C’est l’une des raisons pour lesquelles les autorités saoudiennes veulent absolument renforcer le développement d’autres pans d’activités que celui du pétrole et créer un secteur privé dynamique qui les attire. La tâche est complexe ». De crainte que le « printemps arabe » ne se propage, le gouvernement a, dans le cadre du programme « Saudization », augmenté les indemnités de chômage et les salaires du secteur public qui sont devenus nettement supérieurs à ceux du privé. Dès lors, inciter les jeunes diplômés saoudiens à rejoindre les entreprises devient un vrai défi.

Pour le relever, le secteur « non pétrolier » bénéficiera cette année encore d’une politique fiscale expansionniste. « Les dépenses publiques totales pourraient être de 31 % du PIB, à comparer à une moyenne de 30,4 % lors des dix dernières années », prévoit Jadwa Investment. Selon la recherche économique du groupe de services financiers basé à Riyad, ces dépenses élevées du secteur public, et particulièrement celles d'investissement, « sont psychologiquement importantes pour le secteur privé ». Les dépenses publiques d'investissement vont se monter à 10,3 % du PIB, tandis qu'elles en représentaient 7,8 % au cours des dix années précédentes en moyenne. Les activités de construction, mais aussi d'énergie, d'électricité et de transport, en seront les bénéficiaires directes. En permettant de maintenir la consommation, la poursuite du programme « Saudization », devrait de surcroît soutenir la grande distribution, les secteurs de la finance et de la communication. « La croissance du PIB du secteur privé 'non pétrolier' pourrait atteindre 6,3 % en 2013, à comparer à une moyenne de 4,9 % au cours des dix dernières années », anticipe Jadwa Investment.

Les dépenses publiques et d'investissement au Qatar sont elles aussi impressionnantes. Selon la Qatar National Bank (QNB), elles seront supérieures aux 58 milliards de dollars budgétés pour l'exercice 2013-2014. Elles pourraient atteindre 66 milliards de dollars. Les autorités souhaitent que les projets d'infrastructures planifiés s'accordent au calendrier de la Coupe du monde de football de 2022 à Doha. Après avoir été à la traîne en 2012-2013, les dépenses publiques d'investissement devraient donc augmenter de 29 % en 2013-2014. Les dépenses d'infrastructures devraient croître de 28 % (54 % du budget de dépenses d'investissement, le reste allant à l'éducation pour 28 % et à la santé). Elles seront attribuées à la construction du réseau ferroviaire (300 km de lignes, un métro et système ferroviaire léger à Doha), de routes, de projets immobiliers et au futur nouveau port de Doha.

Pour le long terme

Le Qatar, doté d’un petit marché intérieur (2 millions d'habitants dont 85 % d'expatriés), « veut créer une économie sur le modèle de Dubaï, à partir d'événements afin d’attirer les étrangers et développer le tourisme, synthétise Pascal Devaux. Les projets en cours sont sans doute surdimensionnés. L'Arabie Saoudite, quant à elle, dispose d'un marché intérieur dynamique, mais est encore assez fermée en raison de la politique menée en matière de mœurs ». Il n’empêche, les deux pays tablent sur une poursuite de l'accroissement des investissements directs étrangers. Leur stock correspond à environ 40 % du PIB de l'Arabie Saoudite et à environ 17,5 % du PIB du Qatar.

Les entreprises françaises peuvent accompagner la croissance saoudienne « dans tous les secteurs dans une optique de long terme. Nous souhaitons qu’elles s’installent sur place avec leur centre de décision, et qu’avec leur partenaire saoudien adéquat, elles participent directement au développement de l’économie », précise Abdullatif bin Ahmed Al Othman, gouverneur de la Saudi Arabian General Investment Authority (SAGIA). La France se positionne comme le troisième investisseur étranger du Royaume avec environ 70 entreprises françaises employant plus de 20.000 salariés. « Les grands groupes français connaissent déjà bien l’Arabie mais les PME sont trop peu représentées », indique Mohamed Ben Laden. « De nombreux créneaux sont à prendre dans 'l’agrotech', le maître mot en Arabie, relève notamment Alain Ménargues, président de l’UFE (Union des Français de l’étranger) à Djeddah. Elle a besoin d’équipements agricoles, de matériel pour les industries de transformation, de conditionnement de produits transformés. »

Les investissements directs de l’Hexagone au Qatar devraient continuer à se diversifier aussi. Les Français devraient en outre s’intéresser au déploiement des marchés financiers qataris, éloignés de la morosité européenne. « La crise de la zone euro nous a fait comprendre les risques de marchés tout en nous ouvrant d’autres opportunités, explique Shashank Srivastava, directeur général de la Qatar Financial Center Authority. L’intérêt des investisseurs s’est porté vers de nouveaux marchés porteurs, en particulier vers ceux des pays émergents. » Des occasions à saisir.

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