Dossier ETF

Après l'enthousiasme, la prudence

le 13/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Les fonds indiciels cotés ont poursuivi leur croissance en 2013. Mais en Europe, les investisseurs restent à convaincre.

Bourse de Francfort.Bloomberg

Le marché des ETF (exchanged-traded funds) reste le segment le plus dynamique de la gestion d’actifs. En 2013, les fonds indiciels cotés ont dépassé, pour la première fois, la barre des 2.000 milliards de dollars d’actifs au niveau mondial grâce à une croissance de 28 %. Leur encours s’élève à 2.250 milliards, selon les données publiées par Deutsche Bank. Cette progression résulte pour moitié d’une collecte nette positive de 259 milliards de dollars. L’ensemble des ETP (exchange-traded products), qui regroupent les ETF, les ETN (exchange-traded notes) et les ETC (exchange-traded commodities), progressent quant à eux de 23,5 % à 2.401 milliards de dollars, selon BlackRock.

Paradoxalement, c’est le marché américain, le plus ancien et le plus important en encours (1.614 milliards), qui a connu la plus forte accélération (33 %) grâce à un niveau record de souscriptions de 214 milliards de dollars. L’Asie a vu son encours progresser de 24 % (dont la moitié provenant de la collecte).

En revanche, le marché européen, pour lequel les professionnels de l’industrie prévoyaient une croissance sinon équivalente, au moins égale à celle du marché américain, déçoit.

Véritable ralentissement

Si l’actif sous gestion a progressé de 19 %, et tutoie les 400 milliards de dollars, la collecte n’augmente que de 7 %. « Il y a un véritable ralentissement de la collecte de ce côté-ci de l’Atlantique », constate David Benmussa, directeur France chez iShares qui rappelle que les souscriptions pour l’ensemble des ETP sont passées de 50 milliards de dollars en 2010, à 24 milliards en 2011 puis 33 milliards en 2012 et enfin 18,4 milliards l’an dernier. « Les flux de collecte ont été ralentis cette année par les sorties massives intervenues sur le segment des matières premières, notamment de l’or », ajoute-t-il. De fait, la collecte a été positive sur les actions (20 milliards) et sur les obligations (11 milliards). Les ETP liés aux matières premières ont enregistré 13 milliards de rachats, dont 11,7 pour l’or.

Mais au-delà de cette évolution conjoncturelle, les ETP souffrent d’un déficit d’image auprès d’un certain nombre

d’investisseurs qui se refusent encore à les utiliser. La bagarre entre ETF à réplication physique et ceux à réplication synthétique, qui a tourné à l’avantage des premiers, n’est certainement pas étrangère à la faible pénétration des ETF dans l’allocation des investisseurs en Europe (lire l'entretien page 26 et l'article page 32). Preuve du changement de perception du marché, les promoteurs ayant bâti leur offre sur la réplication synthétique convertissent d’anciens fonds ou en lancent de nouveaux sur une base physique. Le nombre de produits disponibles sur le marché en réplication synthétique a d’ailleurs diminué à 761 (contre 801 fin 2012) alors que le nombre de produits en réplication physique augmentait dans le même temps. « En 2013, les produits à réplication synthétique ont connu une forte décollecte en comparaison de ceux à réplication physique », relèvent par ailleurs les analystes de Deutsche Bank. Si cette guerre de clocher a eu un effet certain sur le marché européen des ETF et sur la compréhension par les investisseurs de ces produits, un nouveau débat secoue depuis quelques mois le landerneau des ETF : celui de la qualité de la performance (lire article page 28).

Ces évolutions ont profité, en Europe, à un acteur : iShares. La filiale de BlackRock, à l’origine de la polémique physique-synthétique, a gagné cinq points de parts de marché en deux ans, grâce également à l’acquisition de l’activité ETF de Credit Suisse l’an dernier.

Un acteur dominant

Sur le seul marché des ETF, il domine ses concurrents avec plus de 50 % du gâteau. En prenant en compte l’ensemble des ETP, sa part de marché est encore de 48 %, selon les statistiques publiées par BlackRock. Ses poursuivants sont loin derrière avec 13,4 % du marché pour Deutsche Bank et 10,6 % pour Lyxor. Contrairement au leader du secteur, dont la collecte s’est élevée à 21,7 milliards (200,7 milliards d’encours en Europe), ces derniers auraient perdu des parts de marché avec des décollectes de 5,3 milliards pour db-x trackers (56,5  milliards d’actifs sous gestion) et de 800 millions pour Lyxor (44,5 milliards d’encours). Ce dernier conteste ce chiffre : « Nous affichons une collecte de 672 millions de dollars et une part de marché de 11,2 % pour 2013, selon les études indépendantes d'ETFGI, indique François Millet, responsable du développement des ETF chez Lyxor AM.

Les principaux perdants l’an dernier ont été les acteurs spécialisés dans les produits permettant de répliquer l’évolution des indices de matières premières ou certaines matières premières comme l’or. ETF Securities a enregistré une décollecte de 4,6 milliards et n’affiche plus qu’un encours de 14,5 milliards tandis que ZKB a dû faire face à 2,9 milliards de rachats ramenant son actif sous gestion à 9,1 milliards. A l’inverse, Source résiste avec une collecte nette positive de 1,2 milliard (encours de 15,1 milliards) et ce malgré les importantes sorties de ses produits investis dans le métal jaune. Hormis iShares, SPDR (la filiale d’ETF de State Street) est le promoteur le plus dynamique en Europe avec 3,5 milliards de collecte. Vanguard fait également une entrée remarquée sur le Vieux Continent. « Nous avons profité d’importants achats sur notre ETF S&P 500 et sur le Dividend Aristocrats, puis sur les actions européennes dans la deuxième partie de l’année », note Olivier Paquier, directeur de SPDR ETF pour la France. De fait, les plus gros flux de souscriptions ont été concentrés sur les marchés américains puis les marchés européens dans les actions et les corporate et la duration courte dans les obligations. Outre les matières premières, les marchés émergents ont massivement été délaissés dès l’an dernier avec des sorties de plus de 10 milliards de dollars au niveau global. Une tendance qui se poursuivait en ce début d’année.

Peu de visibilité

Les récentes secousses sur les marchés émergents rendent prudents les acteurs du secteur : « Nous avons peu de visibilité à ce stade sur la tendance du marché des ETF cette année, relève David Benmussa. Néanmoins si les marchés sont très volatils, cela devrait être positif pour les ETF qui sont un bon outil pour se positionner de façon tactique. » Les analystes de Deutsche Bank anticipent quant à eux une nouvelle croissance du marché des ETP à 2,7 milliards de dollars d’ici à fin 2014, voire 3 milliards en cas de marché haussier… ce qui n’est, pour le moment, pas le scénario le plus probable

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