Après les institutionnels étrangers, Tobam veut s’ouvrir aux français

le 02/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Deux ans et demi après sa sortie de Lehman Brothers, la boutique parisienne compte de nouveau doubler ses encours en deux ans.

Le 6 juin, un commercial spécialiste du marché français rejoindra Tobam. Située à deux pas des Champs-Elysées, cette boutique, qui ne compte que 5 % de clients locaux, entend désormais mettre l’accent sur l’Hexagone. « Après avoir été sélectionnés par l’Erafp (Etablissement de retraite additionnelle de la fonction publique, NDLR), nous voulons disposer de moyens dédiés à ce marché pour répondre aux appels d’offres des institutionnels, mais aussi servir les fonds de fonds et d’autres distributeurs », explique Yves Choueifaty, fondateur et président de Tobam, qui gérait fin mai 1,9 milliard de dollars (1,3 milliard d’euros).

A l’Erafp, la société de gestion a décroché fin mars le titre de gérant suppléant pour un mandat non-benchmarké (non lié aux indices boursiers) sur les actions de la zone euro. Celui-ci ne sera effectif qu’en cas de défaillance du gérant principal ou si le fonds de retraite décide d’activer un mandat supplémentaire. En attendant, Tobam, issu du giron de Lehman Brothers fin 2008 (L’Agefi Hebdo 8 janvier 2009), peut se targuer d’être le plus jeune des gérants sélectionnés. Il a été retenu pour son processus de gestion quantitative misant sur une diversification maximale de ses portefeuilles pour neutraliser les risques.

Compte tenu de l’étroitesse du marché français des fonds de pension, sa cible principale, Tobam a jusqu’à présent surtout démarché au-delà des frontières. Ses efforts viennent de payer aux Etats-Unis. Le gestionnaire a installé un commercial à Los Angeles il y a trois mois, lorsque ses discussions avec CalPers, le premier fonds de pension public du pays, étaient sur le point d’aboutir. La caisse de retraite des fonctionnaires californiens a octroyé fin avril un mandat actions internationales de 150 millions de dollars à Tobam. Elle a en parallèle pris une participation de 17,5 % dans la holding de tête du gérant français, au côté de Strategic Investment Company, un consultant à son service très minoritaire (5 %) dans l’opération. « L’entrée de CalPers dans notre capital n’est pas une contrepartie au mandat que nous avons obtenu et ne répond pas, de notre côté, à un besoin de fonds propres. Ceux-ci s’élèvent à 3,5 millions d’euros, ce qui nous permet de couvrir environ 18 mois de frais généraux », assure le président de Tobam qui reste majoritaire avec 51 % du capital, les salariés détenant le reste. En réalité, le règlement du fonds de pension indique bien qu’il accorde des mandats à des boutiques gérant moins de 2 milliards de dollars en échange d’une prise de participation. Mais quelles que soient ses conditions, ce partenariat d’incubation est un gros coup pour la petite société française.

Son plus gros compte reste un fonds de pension néerlandais, déjà client au moment où Tobam a pris son indépendance. « Les Pays-Bas sont notre premier marché, avec environ 35 % des encours, précise Yves Choueifaty, devant la Suisse et la Scandinavie au coude-à-coude et suivies de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis. »

La société dispose d’un vendeur à Amsterdam pour servir le Benelux, tandis que la Grande-Bretagne et la Suisse sont pilotées depuis Paris. Tobam travaille aussi avec deux sociétés d’intermédiaires créées par des anciens de Lehman et couvrant la Scandinavie et l’Océanie. La première lui a déjà apporté des clients en Europe du Nord, mais « nous espérons collecter avant la fin de l’été auprès d’un premier client australien, indique Yves Choueifaty, et nous avons des contacts très avancés au Canada ». Là-bas, son apporteur d’affaires Investeam promeut aussi les fonds de Groupama AM.

Fonds pays émergents

Tobam pourrait aussi pénétrer cette année un nouveau marché européen en « proposant des produits en marque blanche à un gestionnaire local ». « Nous envisageons également de créer un fonds mondial dans les actions émergentes pour compléter notre gamme », dévoile Yves Choueifaty. Le dernier lancement date de décembre 2010, avec le fonds Anti-benchmark World Equity. Celui-ci complète l’expertise sur les actions mondiales qui représente 41 % des actifs, devant les stratégies actions américaines et britanniques. Les mandats pesant 70 % de ses encours, Tobam devra sans doute proposer des fonds ouverts de plus grande taille pour séduire une clientèle plus large. Ses produits avaient fin avril entre 24 et 280 millions de dollars d’encours. En attendant, « nous ne pourrons pas multiplier notre résultat par deux tous les ans comme en 2010, admet Yves Choueifaty. Mais nous espérons de nouveau doubler nos encours dans les deux prochaines années. »

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