Entretien avec… Pierre-Ignace Bernard, directeur associé en charge de la gestion d’actifs chez McKinsey

« Appartenir à un groupe bancaire peut soulever des réticences »

le 22/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Quel regard portez-vous sur la santé de la gestion d’actifs dans les groupes bancaires ?

La situation est difficile. Si la collecte institutionnelle et auprès des distributeurs tiers reste dynamique tant en France qu’à l’international, les réseaux décollectent de manière importante depuis le début de l’année. Ce n’est d’ailleurs pas exclusif à la France. Cependant, le constat doit être affiné. Les acteurs les plus touchés par la future réglementation Bâle III et ayant un coefficient d’emploi crédit / dépôt élevé sont ceux dont les réseaux ont favorisé le plus la décollecte, à savoir les banques d’Europe du Sud. En revanche, en Europe du Nord, certains réseaux continuent de collecter assez fortement. Les besoins d’épargne des ménages n’ont pas soudainement basculé. Les groupes bancaires qui ne sont pas sous la pression de la réglementation ont donc pu continuer à diriger leurs clients vers des produits de gestion d’actifs.

Quel peut-être l’avenir des réseaux ?

Ils restent des partenaires privilégiés pour les acteurs affiliés à des banques mais ils ne sont plus le moteur de développement qu’ils ont été avant la crise. Les acteurs doivent se tourner vers de nouveaux relais de croissance, à l’international et sur les segments de clientèle en développement. De fait, au cours des dernières années, plusieurs acteurs ont investi pour mettre en place des dispositifs commerciaux hors de France.

Quels sont les défis à relever à l’international ?

Il faut tout d’abord disposer de produits avec un bon track record, de taille significative et sur des segments en demande. Ensuite, il faut mettre en place des infrastructures et un middle-office commercial à même d’interagir avec les acheteurs de fonds locaux en conformité avec les réglementations locales, dont la diversité finit par créer une forte complexité. Enfin, il faut le reconnaître, il existe un défi de visibilité et d’appréciation de la marque : appartenir à un groupe bancaire peut soulever des réticences chez certains acheteurs de fonds.

Anticipez-vous une nouvelle phase de concentration dans l’industrie ?

Même si certaines cessions annoncées n’ont pas abouti, il y a dans l’industrie une vraie réflexion sur des fusions-acquisitions et sur des partenariats structurants. Ce sont des processus toujours compliqués car peu d’intervenants ont la capacité de mobiliser des capitaux. Par ailleurs, il est parfois difficile de convenir d’une valorisation des activités avec, dans certains cas, des problèmes comptables en raison des goodwills. C’est un marché encore en phase d’ajustement.

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