Un homme, une équipe

Antoine Flamarion impose Tikehau dans la dette privée

le 01/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Il a puisé dans son réseau pour asseoir, avec son équipe, le modèle inédit en France d’intermédiaire en dettes d’entreprise et immobilière.

Antoine Flamarion impose Tikehau dans la dette privée

Antoine Flamarion ne se départit pas de sa simplicité. La société d’investissement en dette qu’il a créée en 2004 avec une mise de seulement 4 millions d’euros atteint pourtant quelque 1,1 milliard d’euros sous gestion et il n’a plus souvent le temps de s’adonner à ses passe-temps favoris, les échecs et les tours de magie. Mais il ne parle pas de lui-même en premier lieu pour expliquer la genèse de Tikehau. « Etant issu d’une famille d’entrepreneurs - à commencer par mon père qui a créé ex nihilo, avec une mise de fonds réduite, le leader français des murs de commerce -, j’ai eu rapidement l’envie de lancer une affaire », raconte-t-il plutôt. Son expérience professionnelle et sa connaissance des sujets de dette immobilière et corporate ont aussi fait leur œuvre. Première opération, l’acquisition des boutiques constituant le marché aux puces de Saint-Ouen - où il a sollicité Goldman Sachs, chez qui il a effectué ses débuts - pour un tour de table d’une quinzaine de millions d’euros. De son passage chez Merrill Lynch quelques années plus tôt, il a gardé le contact avec Mathieu Chabran, qui a rejoint Tikehau dès 2005. « J’ai travaillé avec Antoine à partir de 1997 et très vite, nous avons eu envie de monter une entreprise ensemble, relate Mathieu Chabran. Nous avons répliqué en France le modèle anglo-saxon des ‘business development companies’ qui tirent parti d’un marché des capitaux désintermédié. » En 2007, les deux amis ont convaincu leur ancien patron chez Merrill Lynch en France, Bruno de Pampelonne, de les rejoindre : le développement de l’activité allait donner lieu à la création de Tikehau IM en 2010. « L’idée était que s’il y a beaucoup de sociétés de gestion indépendantes en France, elles sont spécialisées dans les actions alors qu’il n’y a pas d’acteurs sur la dette au sens large », explique l’ex-banquier d’affaires. Les actifs de la société de gestion, filiale de la société d’origine qui garde les investissements plus hétéroclites du départ, atteignent aujourd’hui 800 millions d’euros. Une montée en puissance qui vient de conduire à l’arrivée de deux associés supplémentaires, des professionnels avec lesquels travaillait l’équipe depuis dix ans, Fabrice Damien, ex-responsable des financements à effet de levier chez Merrill Lynch, et Arnaud de Pesquidoux, avocat en immobilier venu de Gide.

De la place pour l’initiative

L’effectif total se monte à 35 personnes, composé de profils complémentaires, en prêts bancaires, marchés des capitaux, LBO (leveraged buy-out), analyse… de façon à pouvoir investir dans des instruments variés. « Chacun apporte sa pierre, nous donnons beaucoup de place à l’initiative des équipes, validant ensemble les idées nouvelles et les réalisant dans un délai rapide », affirme Bruno de Pampelonne. La singularité du modèle de Tikehau doit son prix aux professionnels qui le développent. « On construit des références dans la durée, donc les sujets d’équipe sont la clé, si bien que je passe beaucoup de temps avec mes collaborateurs », indique Antoine Flamarion. Si trois responsables de l’activité mezzanine (50 millions d’euros) viennent de partir pour désaccords sur la stratégie, la crise, elle, n’a pas écorné les effectifs, même si la jeune société en a parfois subi les effets, ayant notamment déposé des titres chez Lehman Brothers. « Une expérience difficile mais dont nous sommes sortis renforcés, l’équipe soudée, avec une attention accrue aux risques opérationnels », confie Antoine Flamarion.

Mais l’accélération du développement tient aussi aux actionnaires, souvent engagés dans les opérations, par exemple la famille Frère, au capital depuis 2010 et qui a investi dans Tikehau IM à raison de 50 millions d’euros. « Nous disposons d’un actionnariat d’entrepreneurs et de grands patrons d’entreprises et de banques, une quinzaine d’entre eux siégeant dans nos conseils et au comité d’investissement, précise Antoine Flamarion. Nous parlons ainsi régulièrement avec eux des dossiers en cours mais aussi de la stratégie : ayant vu l’entreprise se développer depuis ses débuts, ils sont impliqués également dans celle-ci. » Au total, la société compte une cinquantaine d’actionnaires « structurants », qui investissent dans ses fonds et co-investissent dans les opérations. « Ils apprécient notre positionnement original et surtout l’alignement des intérêts de l’équipe, car les cinq associés sont investis dans toutes les stratégies, et notre engagement financier n’a rien à voir avec celui de 1 % ou 2 % des équipes de gestion en non-coté », ajoute Antoine Flamarion. En fait, ils se retrouvent dans la façon de travailler de Tikehau. « Nous apportons des financements avec l’état d’esprit d’un investisseur et non d’un prêteur, notre propos étant de comprendre la société et de l’accompagner sur un certain temps », décrit Mathieu Chabran. L’appui des actionnaires entrepreneurs n’en est que plus efficace. « Ils savent réagir rapidement, dans les bons et mauvais moments », apprécie-t-il. Mais la société a également su s’entourer d’actionnaires de renom comme UniCredit, Crédit Mutuel Arkéa, BNP Paribas, assurément des références pour trouver des investisseurs dans ses fonds.

Une stratégie opportuniste

A ceux-ci, elle offre à présent toute une palette de produits de dette, via des fonds ouverts et des structures spécifiques. « A partir de 2010, nous avons lancé pas moins de six fonds dédiés à des opérations de dette - quatre sous forme de FCT (fonds commun de titrisation, NDLR) et deux fonds spécialisés dans les situations spéciales - et nous lançons actuellement Tikehau Preferred Capital, consacré à de la dette mezzanine, expose Antoine Flamarion. Nous essayons d’être à la pointe de l’innovation. Ainsi, nous avons été la première société de gestion généraliste à obtenir l’agrément d’un FCT. »

Là encore, le réseau des associés, tissé au fil des ans, permet de nouer des contacts variés avec des clientèles complémentaires, composées de family offices, d’investisseurs privés fortunés et d’institutionnels. « Nous passons beaucoup de temps avec les investisseurs pour rester lisibles auprès d’eux, d’autant que nous menons une stratégie opportuniste dans le sens où nous essayons de discerner les grandes tendances à long terme », confie Bruno de Pampelonne. Il s’agit rien moins que d’imposer un nouveau concept sur un marché institutionnel plutôt conservateur. « Le sujet de la dette privée est encore peu connu, nous devons faire montre d’une grande force de persuasion pour convaincre les institutionnels d’investir dans nos fonds, déclare Antoine Flamarion. Or il est souvent plus facile de parler aux décisionnaires des grands gérants internationaux qu’à ceux de certains institutionnels français... »

 

 

L'équipe

Arnaud de Pesquidoux, 43 ans, general counsel du Groupe Tikehau

Fabrice Damien, 35 ans, CIO* adjoint de Tikehau IM

Antoine Flamarion, 38 ans, fondateur du Groupe Tikehau, président de Tikehau Capital Advisors

Bruno de Pampelone, 53 ans, président de Tikehau IM

Mathieu Chabran, 36 ans, cofondateur de Tikehau Capital Advisors, directeur général et CIO (chief investment officer) de Tikehau IM

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