Alternativa ou les vertus de l’anti-spéculation

le 24/01/2013 L'AGEFI Hebdo

La Bourse des PME a misé sur des développements d’infrastructures où les technologies de marché et la vitesse ne figurent pas au rang des priorités.

Alors que les grands systèmes multilatéraux de négociation (SMN) comme Bats-Chi-X, Euronext ou Turquoise s’affrontent depuis 2007 dans une course effrénée à la vitesse afin de réduire au maximum les temps de latence, Alternativa s’inscrit délibérément à contre-courant. Lancée en 2003 en Suède, puis importée en France en 2006, cette plate-forme se positionne en effet comme la Bourse des PME. « Contrairement aux autres SMN qui font office de poches de liquidités pour les 'blue chips', les 32 sociétés qui nous font confiance pour lever des liquidités ne sont cotées que chez nous, explique Philippe Dardier, directeur général d'Alternativa. Nous avons également la particularité d'être une Bourse intégrée, puisque nous faisons à la fois office de place de marché pour les investisseurs externes, les fonds, les 'family offices' et les 'brokers', mais aussi de 'broker', l'Autorité de contrôle prudentiel (ACP) nous ayant agréés comme prestataire de services d'investissement (PSI). »

Une technologie « low tech »…

Mais la principale rupture se situe dans le modèle retenu. Pour éviter une trop grande dispersion des liquidités et favoriser les investissements sur le long terme, Alternativa a opté pour une détention des titres au nominatif et un modèle de slow trading. « Chez nous, le 'fixing' est mensuel, avec un carnet d'ordres composé dans la semaine avec les entrées, les achats et les ventes. Et c’est à partir du barycentre que nous établissons le prix d'équilibre et de transaction. » L’algorithme permet également à Alternativa d'éviter les ordres spéculatifs susceptibles de générer de trop grands décalages.

Ce positionnement impacte directement les choix technologiques. Chez Alternativa, pas de système de trading complexe, avec des algorithmes hyperpuissants... « Comme nous n’avons en moyenne qu’une centaine d’ordres par mois, nous sommes 'low tech' sur tout ce qui est technologie de marché, et 'high tech' sur tout ce qui est en amont et en aval, avec un vrai travail d’infrastructures réalisé pour gérer le nominatif et la relation en direct avec les clients », explique Philippe Dardier.

Au cœur du dispositif, un système de back-office a été développé en interne et en PHP (hypertext preprocessor) pour assurer les réconciliations, le registre des titres et contrôler le flottant des sociétés. Ce système abrite aussi les bases de données clients, avec des informations qui sont placées dans des coffres-forts électroniques CDC-Atos. Le système de slow trading est basé sur un algorithme simple qui a lui aussi été développé en PHP et en interne. Les prix des sociétés cotées sont, eux, actualisés une fois par mois sur le site web. « Toujours sur la partie front-office, nous nous sommes fait aider par des prestataires externes pour l’accès des clients au marché, la signature électronique et le dossier électronique. Sur ces deux items, nous sommes d’ailleurs plus rapides que les Bourses et les banques puisque l'on peut enregistrer des clients plus vite qu’elles grâce au numérique. »

Un modèle d’avenir ?

Cette expertise commence d'ailleurs à attirer d'autres acteurs. « Nous avons été approchés par des SCPI (société sciviles de placement immobilier, NDLR) et des fonds dits ‘illiquides' qui se montrent intéressés par le système que nous avons mis en place pour générer de la liquidité et créer des points de rencontre, dévoile Philippe Dardier. Notre positionnement intéresse aussi beaucoup les acteurs de l'investissement socialement responsable qui se caractérisent par leur allergie au 'trading' spéculatif à haute fréquence. »

Pour Thierry Foucault, professeur de finance à HEC, ces différentes marques d’intérêt ne doivent rien au hasard. « Les grands SMN traditionnels atteindront rapidement leurs limites car les contraintes physiques font que vous ne pouvez pas aller plus vite que la lumière, conclut Thierry Foucault. Et à l'heure où la question se pose de savoir s'il faut réglementer ou non les vitesses d'accès, on peut penser que pour se différencier dans l'avenir, des plates-formes choisiront un modèle de 'slow trading' afin d’attirer des investisseurs ne désirant pas interagir avec les opérateurs haute fréquence. Nous pourrions donc nous retrouver avec, d'un côté, des plates-formes ultra-rapides, et de l’autre, des places de marché plus lentes qui ne serviront pas le même type de clientèle. »

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