Allemagne, vrais et faux procès

le 09/05/2013 L'AGEFI Hebdo

La polémique qui fait rage sur la responsabilité de l’Allemagne dans les errements de la zone euro a un air désolant de déjà-vu. Il y a juste 30 ans, une même bataille avait opposé, au sein du pouvoir de gauche de l’époque, tenants et adversaires d’une politique d’intégration monétaire dont l’enjeu n’était pas encore l’euro mais seulement le système monétaire européen. Déjà, la question était de savoir si « l’autre politique » économique engagée depuis deux ans valait d’être maintenue au prix d’une sortie - supposément temporaire - du mécanisme de change européen. Non sans peine, Jacques Delors et Pierre Mauroy firent pencher la balance du bon côté. Avec cet argument qu’une sortie n’aurait pu être temporaire et aurait signifié la mort du projet européen.

Aujourd’hui, les forces en présence à gauche n’ont guère changé, et l’enjeu pas davantage. Sous couvert d’un débat sur le rythme de l’effort budgétaire à consentir partout dans la zone euro, c’est le processus même de l’intégration monétaire qui est en cause. Les adversaires de l’euro, déclarés ou camouflés, qui veulent la rupture avec l’Allemagne, ne s’y trompent pas. Or les brûlots lancés contre elle sont injustes et ne sauraient déplacer le débat. S’il est vrai que le discours officiel à Berlin est d’une raideur toute prussienne, la réalité des décisions économiques y est moins électorale et plus nuancée. De fait, notre voisin a plus intérêt que n’importe lequel de ses partenaires à maintenir la monnaie unique dont il a su, grâce à la cure de compétitivité économique décidée avant la crise, profiter à plein. Le plus sûr moyen de parvenir à un dialogue fructueux pour la croissance n’est pas de céder aux sirènes du renoncement - fût-il camouflé sous le pathos volontariste habituel - mais bien de redonner à l’économie française son statut d’« alter ego » à la puissance allemande. Cela passe par une quête résolue de compétitivité pour que les courbes du chômage, de commerce extérieur, et de poids de la dépense et des déficits publics dans le PIB recommencent à converger entre les deux pays. Ce n’est qu’à cette condition que la France retrouvera un rapport de forces favorable.

Il est un autre terrain, en revanche, où un procès à l’Allemagne est fondé, celui de l’Union bancaire. Après en avoir validé le principe, Berlin joue systématiquement la montre, déterrant tous les jours mille nouveaux arguments, techniques, juridiques voire constitutionnels, pour en retarder l’avènement. Là encore, la faiblesse économique française n’aide pas. Mais face à une attitude médiocrement électoraliste, Paris dispose d’un terrain solide pour trouver des alliés, à commencer par la BCE, et contraindre son grand partenaire à tenir ses engagements. A noter d’ailleurs qu’un tel déblocage contribuerait, pour de bonnes raisons cette fois, à améliorer les perspectives conjoncturelles d’ensemble de la zone euro.

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