Alerte sur le renminbi

le 15/12/2011 L'AGEFI Hebdo

Sorties de capitaux, interventions de la banque centrale… La monnaie chinoise n’est plus promise à une appréciation sans à-coups.

Le renminbi n’est plus à l’abri des turbulences internationales. Il s’est déprécié de 0,14 % face au dollar entre le 1

ernovembre et le 9 décembre (à 6,3644 yuans pour 1 dollar), après avoir enregistré une première alerte en septembre (-0,05 %) puis regagné 0,41 % en octobre (contre une hausse mensuelle moyenne de 0,44 % entre janvier et août). Depuis début octobre, le renminbi échangé sur le China Foreign Exchange Trade System (CFETS) à Shanghai (CNY) évolue souvent dans la moitié inférieure de la bande de fluctuation autorisée (+/-0,5 %), ce qui reflète une demande de dollars supérieure à celle de yuans.

Pour éviter une dépréciation trop marquée, la Banque populaire de Chine (PBoC) a dû intervenir et puiser dans ses réserves de change. Celles-ci ont diminué, pour la première fois depuis mai 2010, de 61 milliards de dollars en septembre. Depuis, ces interventions ont continué. Selon Woon Khien Chia, stratégiste chez RBS, la banque centrale affiche une position nette vendeuse de 4 milliards de dollars de devises en octobre, contre une position acheteuse de 50 milliards par mois en moyenne de janvier à septembre.

Le renminbi échangé sur le marché interbancaire à Hong Kong (CNH), où la banque centrale n’intervient pas, est même passé, le 20 septembre, en dessous du CNY, selon Dariusz Kowalczyk, économiste de Crédit Agricole CIB. Les forwards non délivrables (NDF) à un an se sont négociés en séance à près de 6,42 yuans pour 1 dollar le 9 décembre, soit une dépréciation anticipée de 0,87 %.

Indicateurs dégradés

L’affaiblissement de la monnaie chinoise s’explique principalement par la crise européenne, qui entraîne des sorties de capitaux, et par la dégradation de la conjoncture économique chinoise. La plupart des indicateurs de novembre (exportations, production industrielle, investissement, immobilier, inflation), excepté les ventes de détail, signalent un ralentissement de l’économie. « Il y a eu un changement majeur de la position externe de la Chine, sûrement à cause de sorties de capitaux de court terme, explique Dariusz Kowalczyk. La balance des paiements est peut-être même en déficit, malgré les flux positifs des investissements directs et de l’excédent commercial. » Selon l’Institute of International Finance, les flux de capitaux privés vers la Chine devraient passer de 271 milliards de dollars cette année à 268 milliards en 2012.

D’autres éléments se cachent derrière ces sorties. Certaines entreprises chinoises ayant une filiale à Hong Kong ont acheté des dollars pour les revendre dans la région administrative spéciale et profiter de l’écart entre le CNH et le CNY. Selon Shuang Ding, économiste de Citi, elles pourraient avoir augmenté leurs actifs en dollars ou réduit leurs passifs en dollars récemment, ce qui serait un élément négatif dans la balance des paiements mais ne correspondrait pas à de véritables sorties de capitaux. « La Chine a été moins affectée que d’autres pays asiatiques en raison des restrictions sur son compte de capital, en particulier sur les investissements de portefeuille, ajoute Teck Leng Tan, stratégiste changes chez UBS Wealth Management Research. Ces sorties sont cycliques, non structurelles, et la situation s’est stabilisée en novembre. »

Vers un ancrage au dollar ?

De même, la moindre accumulation de réserves de change s’explique en partie par le succès du dispositif de règlement des échanges commerciaux en renminbi auprès des importateurs étrangers, selon Woon Khien Chia. « Lorsque le CNH est plus faible que le CNY, un importateur de produits chinois peut acheter des yuans moins chers à Hong Kong pour payer son fournisseur et partager avec lui l’économie réalisée », indique-t-elle.

Le gouvernement pourrait avoir sa part de responsabilité dans le ralentissement de l’appréciation du renminbi. Il apparaît moins nécessaire de lutter contre l’inflation que de soutenir la croissance. Le Premier ministre Wen Jiabao a promis récemment un « taux de change pratiquement stable » pour aider les exportateurs. De plus, la banque centrale a parfois dévalué le CNY pour montrer que la Chine résistait aux pressions des Etats-Unis, comme lors du sommet de l’Apec mi-novembre. D’aucuns anticipent déjà un nouvel ancrage au dollar, comme en juillet 2008, si l’environnement international empire. « Les autorités ne le feraient pas de manière explicite, elles laisseraient le renminbi fluctuer davantage face au dollar tout en faisant attention à sa valeur face à d’autres devises », prévoit Shuang Ding.

A plus long terme, la plupart des économistes s’attendent toujours à une appréciation du renminbi, mais moins rapide et plus volatile qu’auparavant. Ceux du Fonds monétaire international estiment qu’il reste « considérablement sous-évalué » (de 11 % fin octobre, selon le Peterson Institute for International Economics). « Le gouvernement continuera à utiliser le taux de change pour aider à rééquilibrer l’économie vers les secteurs non exportateurs », précise Shuang Ding.

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