Agirc Arrco, un bol d’air de 8,5 milliards d'euros

le 06/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Le passage au versement mensuel des retraites complémentaires impacte à la marge les gestionnaires. Pour le moment.

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Le système de retraite complémentaire a connu aux premiers jours de 2014 une réforme d’ordre technique. En effet depuis le 1er janvier, les pensions de retraite Agirc Arrco (le régime de retraite complémentaire de l’ensemble des salariés du secteur privé, cadres compris), sont désormais versées chaque mois en lieu et place d’un versement trimestriel. Pour le retraité, la somme recueillie sur l’année est identique, au centime près. Pour le régime Agirc Arrco, cette périodicité modifiée permet de faire « remonter » depuis les institutions membres (25 du côté de l’Arrco et 16 du côté de l’Agirc) pas moins de 8,5 milliards d’euros et d’abonder les réserves, bien précieuses en ces temps de déséquilibre entre cotisations et prestations.

Le régime est constitué de deux grandes masses financières : la « réserve technique de fonds de roulement » regroupe les actifs mobilisés pour la trésorerie des opérations de retraite. Cette réserve est intégralement investie sur des placements à court terme. Donc peu rémunérateurs. A côté de ces fonds, la « réserve technique de financement à moyen et long terme » est, elle, destinée au financement complémentaire que nécessiterait l’équilibre des opérations de retraite. Cette poche se déploie sur des investissements plus dynamiques tels que les produits obligataires et actions. « Par le passage à la mensualisation, la réserve de fonds de roulement (35 milliards d’euros au 31/12/2013), qui était jusqu’alors constituée par les liquidités nécessaires au paiement d’une échéance trimestrielle d’allocations et par un trimestre de cotisation à recevoir, se voit réduite de deux mois », souligne Philippe Goubeault, directeur financier du GIE Agirc Arrco en charge des sujets financiers pour les deux fédérations têtières. En résumé, l’immobilisation trimestrielle des sommes destinées au versement des allocations retraite se limite désormais à une durée d'un mois.

Deux mois de trésorerie en moins

Cette mensualisation apporte un bol d'air ponctuel au régime. Les deux fédérations Agirc et Arrco profitent en effet de ce changement de périodicité pour faire « remonter » environ 8,5 milliards d’euros et les injecter dans les réserves de financements, au profil plus long terme (obligataire 2 ans), afin de pourvoir au versement des allocations de retraite sur 2014 et 2015. « En raison du déséquilibre entre cotisations et allocations, nous devrons reverser l’intégralité des fonds libérés par la mensualisation des allocations, explique le directeur financier. Le montant des désinvestissements s’élève en effet, pour chacune de ces deux années, à 6 milliards d’euros. » Avant d’être décaissées selon un échéancier précis, ces sommes seront investies en proportion importante sur des fonds dédiés court terme gérés par BNP Paribas IP, Axa IM, Amundi, Natixis Asset Management et CM CIC, retenus par appel d’offres il y a trois ans.

Le passage à la mensualisation impacte naturellement les institutions membres qui se voient ainsi privées de deux mois de trésorerie. « Cet excédent échappe aux institutions du groupe en quelque sorte », corrobore Pierre Richert, directeur financier d’Agrica. Néanmoins ce dernier affirme que la politique de gestion de la caisse reste inchangée. « Pour la poche 'court terme' gérée en direct (650 millions d’euros de trésorerie financière au 31/12/2013), nous recourrons à des OPCVM monétaires court terme mais également à des comptes sur livrets bancaires qui délivrent des rendements oscillant entre 0,85 % et 1,25 %  », développe-t-il. Pour lui, le grand chambardement est d’ordre technique avec l’impérieuse nécessité de connaître précisément la situation de trésorerie au jour le jour. « Nous avons donc mis en place un outil informatique qui reflète notre exacte situation financière, souligne Pierre Richert. Il peut en effet y avoir un décalage entre certaines opérations comptables et notre richesse. »

Même constat et même remède pour Jean-Louis Charles, directeur des investissements d’AG2R La Mondiale, qui en outre soulève un renchérissement de la tarification des flux bancaires, ces derniers devenant plus nombreux. « Nous avons négocié une rémunération non plus à l’acte mais sur les montants transférés », précise-t-il. Côté investissement, il reconnaît que le raccourcissement des cycles d’investissement peut venir entamer la performance finale de la gestion financière. « Néanmoins, compte tenu du contexte de taux bas, investir à un ou trois mois est sans impact. Et la situation devrait perdurer. » Même décontraction du côté des maisons de gestion. Pourtant les gérants se voient confrontés non plus à quatre décaissements annuels mais à douze. « Le fonds ouvert BNP Paribas Cash Invest, fonds monétaire court terme retenu de longue date, est calibré pour absorber des sorties quotidiennes », explique Pascal Dumont, directeur commercial investisseurs institutionnels chez BNP Paribas IP. Même son de cloche du côté de Natixis AM (NAM). « Les groupes de protection sociale (GPS) et les fédérations Agirc Arrco utilisent régulièrement Natixis Cash Eonia, Natixis Cash Euribor, Natixis Cash Euribor, énumère Christophe Point, directeur Natixis Global AM France. Ces fonds ouverts, de plusieurs milliards d’euros d’encours à fin 2013, peuvent absorber des flux très conséquents et sont donc tout à fait adaptés à la mensualisation. »

Mais la situation pourrait évoluer. En effet, le deuxième temps de cette réforme se jouera en 2016. Dans deux ans, les cotisations, restées trimestrielles, passeront elles aussi en mode mensuel. Entrées et sorties s’effectueront ainsi sur des délais très courts. D'aucuns entrevoient un moindre intérêt à l’égard des fonds d’investissement. Et un report de trésorerie sur des produits bancaires. Un manque à gagner certain pour l’industrie de la gestion d’actifs.

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