Les agences d’évaluation des prix du pétrole visées par les régulateurs

le 09/02/2012 L'AGEFI Hebdo

L’OICV examine leur rôle dans la formation des prix. Certaines compagnies réclament une intervention des autorités de marché.

C’est le G20 qui a sorti les agences Platts et Argus de l’ombre. Il a demandé à l’Organisation internationale des commissions de valeurs (OICV) de faire des recommandations mi-2012 pour améliorer le fonctionnement et la surveillance des agences d’évaluation des prix du pétrole. Celles-ci publient chaque jour les prix de plusieurs références (Brent, WTI, Dubai-Oman, etc.) sur les marchés spot et dérivés, utilisés dans la plupart des transactions internationales, les Bourses de futures comme ICE, les contrats de partage de production entre Etats et compagnies pétrolières, la fiscalité et les droits de douane. Les benchmarks issus du système du Brent (dont le Dated Brent de Platts est le plus connu) sont à la base des prix de 70 % du commerce de pétrole mondial selon Bassam Fattouh, de l’Oxford Institute for Energy Studies (An anatomy of the crude oil pricing system, janvier 2011).

Un problème structurel

Les agences d’évaluation sont souvent critiquées, même si de nombreux acteurs estiment qu’elles font un « travail de grande qualité », selon un rapport remis au G20 Finances en octobre. « Platts (filiale de McGraw-Hill, NDLR) tire profit d’une position dominante, affirme un trader. Nous ne pouvons pas changer de ‘benchmark’ car il faudrait renégocier des milliers de contrats avec nos contreparties. » Principal concurrent, Argus est en train de gagner des parts de marché. Depuis janvier 2010, Saudi Aramco, la compagnie pétrolière saoudienne, utilise l’Argus Sour Crude Index (ASCI) à la place des prix du WTI de Platts comme référence pour ses exportations aux Etats-Unis. « La concurrence existe, il y a plus d’une vingtaine d’agences d’évaluation dont Platts, Argus, Bloomberg, Reuters, Dow Jones, APPI, ICIS et d’autres, assure un responsable d’agence. Il est facile d’en changer mais cela nécessite des investissements. » Tout changement comporte également un risque de couverture, selon des compagnies citées dans le rapport au G20, puisque certains dérivés sont basés sur un benchmark particulier.

Chaque agence a sa méthode pour évaluer les prix, de la plus mécanique à la plus subjective. Pour construire l’ASCI, Argus calcule une moyenne pondérée par les volumes des transactions physiques au comptant du jour. En général, Platts prend en compte les transactions, les offres et les demandes qui lui sont communiquées avant et pendant une « fenêtre » en fin de journée, et d’autres données de marché. ICIS a une approche presque entièrement subjective. « Quels que soient leurs efforts pour être transparentes, une part de jugement est inévitable car la taille des cargaisons et la qualité des pétroles sont variables, explique Said Nachet, directeur au Forum international de l’énergie. Il peut donc y avoir des différences d’évaluation pour un même produit, qui ne sont pas significatives sur une longue période, mais qui peuvent être plus importantes un jour donné. »

Les acteurs du marché n’ont aucune obligation légale de fournir leurs informations aux agences. Dans des marchés peu liquides, il y a des jours où il n’y a même pas de transaction, ce qui les oblige à se fonder sur d’autres données (forwards, contracts for differences, futures, etc.) et sur leur jugement. Le Brent a notamment un problème structurel, le déclin de sa production, ce qui augmente les risques de manipulation du benchmark. « Le Brent bénéficie au moins d’un indicateur de prix en temps réel, celui des ‘futures’ sur ICE, nuance le même trader. Platts fabrique son ‘benchmark’ à partir de leurs prix. Pour les produits raffinés, il n’y a pas toujours de marché à terme auquel se référer, donc les ‘benchmarks’ peuvent diverger davantage du prix véritable. »

L’influence des agences d’évaluation est telle que leurs décisions peuvent entraîner l’apparition de nouveaux marchés et de contrats pour couvrir les risques qui en découlent, selon Bassam Fattouh. Début 2012, Platts a modifié sa manière d’évaluer le Dated Brent, en prenant en compte les cargos dont le chargement est prévu 10 à 25 jours plus tard, au lieu de 10 à 21 jours auparavant, pour capter 30 % de production en plus. Un changement critiqué par des compagnies telle Shell, qui a mis en garde contre un risque de déconnexion avec les marchés dérivés. En conséquence, ICE a lancé un future, baptisé Brent NX (new expiry), pour s’aligner sur le benchmark.

Le rapport au G20 précise que la majorité des acteurs préférerait que les agences soient régulées, et se demande si la fenêtre de Platts peut être considérée comme une plate-forme de négoce. « Il y a de nombreux problèmes à régler, le premier est la liquidité des marchés à la base de certains ‘benchmarks’, dit Said Nachet. Toutefois, une mauvaise régulation serait pire qu’une absence de régulation. »

A lire aussi