Les actions retrouvent leur attrait, mais la volatilité reste redoutée

le 11/07/2013 L'AGEFI Hebdo

Les techniques pour limiter la volatilité et amortir les baisses existent. A condition de concéder une partie de la performance.

De loin, on pourrait y voir une martingale. Investir dans les actions et espérer encaisser une plus-value substantielle, tout en se délestant d’une partie de leur volatilité, tente bien des investisseurs. Tant et si bien que de nombreux gestionnaires remettent à l’honneur leurs stratégies de « minimum variance » ou encore de « low volatility » (faible volatilité). « En raison d’un contexte de taux bas, et de politiques monétaires accommodantes, les investisseurs notamment institutionnels voudraient revenir sur les actions. Mais la volatilité de cette classe d’actifs (voir le tableau, NDLR) constitue un vrai frein à l’investissement », constate Bernard Kalfon, responsable des stratégies de volatilité chez le suisse UBP. Pour impulser une dynamique d’orientation de flux sur les actions, la théorie du minimum variance, contre-intuitive, assure que « les actions les moins volatiles surperforment, sur le long terme, les autres, précise Nicolas Just

,gérant de deux fonds minimum variance au sein de Seeyond, pôle d’expertise de Natixis AM en gestions de volatilité et produits structurés. Pour construire les portefeuilles, le modèle quantitatif, qui se tient loin de toute analyse de la situation financière des entreprises, retient non seulement les actions les moins volatiles, mais aussi les moins corrélées les unes aux autres. « Tout facteur de risque commun est ainsi gommé », détaille Nicolas Just. Résultat, avec une volatilité la plus basse possible et des valeurs au faible beta (sensibilité au marché), ces portefeuilles décrochent moins en cas de marchés baissiers mais captent une partie seulement de la hausse.

Si la stratégie minimum variance a fait ses preuves, l’achat de titres peu volatils fait débat. Certaines voix s’élèvent pour pointer du doigt leur cherté. « Sur la base d’indicateurs tels que le ratio cours-bénéfice (P/E), nous observons qu’une stratégie à faible volatilité générique devient plus chère que l’indice de marché », souligne Pim van Vliet, gérant du portefeuille « Conservative Equities » chez Robeco. Un constat qui fait débat. « Une valeur est considérée trop chère lorsqu’acheteurs et vendeurs sont en désaccord sur sa 'fair value'. Elle devient alors de plus en plus volatile, avant de connaître une phase de forte correction. Or les actions de faible volatilité, comme démontré, surperforment leurs 'benchmarks' », rétorque Nicolas Just.

Options

Pour Theam, filiale de gestion systématique de BNP Paribas IP, cette stratégie comporte un biais : la forte concentration du portefeuille sur les titres non cycliques des secteurs les plus défensifs. Pour y remédier, le gestionnaire propose des stratégies qui exploitent les titres les moins volatils de chaque secteur de l'indice. C'est ce que l'on appelle le low volatility. Alors qu'un fonds de minimum variance est équipondéré de ses titres, le poids des valeurs est ici défini pour minimiser le risque relatif par rapport au marché. « Nous construisons alors nos portefeuilles en minimisant la 'tracking error' par rapport au 'benchmark'. » Pour les investisseurs qui tolèrent un contrôle du risque relatif plus relâché, la maison de gestion pondère les secteurs pour obtenir une contribution identique au risque, par chacun d'eux. La tracking error est alors un peu plus élevée et le potentiel de surperformance plus ambitieux.

Enfin, l’utilisation de dérivés permet de construire des portefeuilles actions robustes et d’en limiter la volatilité. Groupama AM décrypte ainsi la stratégie de couverture contre le risque extrême : des modèles quantitatifs visent à détecter une tendance baissière sur les actions au début du mouvement, et jouent alors le rôle de coupe-circuit par la vente de futuressur actions afin de diminuer l’exposition actions du portefeuille. L’helvétique UBI s’inspire de la méthode de l’overlay. « Nous apposons, sur un portefeuille actions, un 'overlay' d’options géré par notre équipe volatilité », précise Bernard Kalfon. En clair, selon l’environnement de marché, l’overlay propose une protection plus ou moins importante en achetant des puts (options de vente) permettant de profiter de la baisse du marché et financés par des ventes de calls (options d’achat). Ces positions, gérées quantitativement, sont prises sur l’EuroStoxx 50 et non sur chaque action du portefeuille, permettant une meilleure liquidité de la stratégie et un coût moindre. « Le fonds encaisse ainsi une prime qui permet de payer tout ou partie des 'puts' », détaille Bernard Kalfon. Astucieux et économique.

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