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Actions, retour du risque politique

le 10/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Budget et plafond de la dette, les investisseurs surveillent de près les négociations aux Etats-Unis.

La Bourse de New York, le jour du

Avis de tempête ou simple coup de vent ? Une nouvelle vague de tensions politiques des deux côtés de l’Atlantique ravive la volatilité des marchés actions américains et européens.

Aux Etats-Unis, le conflit entre démocrates et républicains, qui n’ont pas su s’entendre sur le budget 2014 (l'exercice démarre le 1

eroctobre), s’est envenimé au point de provoquer un « shutdown », c’est-à-dire la fermeture partielle et temporaire des administrations. Si ce blocage n’est pas perçu par le marché comme un risque systémique, l’incertitude budgétaire qui en découle pourrait peser « sur la confiance des ménages et des entreprises, susceptibles de reporter leurs projets d’investissements », reconnaît William de Vijlder, directeur des investissements chez BNP Paribas Investment Partners. Un autre rendez-vous américain très délicat concerne les prochaines négociations sur le relèvement du plafond de la dette publique, en théorie avant le 17 octobre. « Si nous nous retrouvions dans la même impasse qu’en 2011, qui avait laissé craindre un défaut de paiement, la Bourse souffrirait fortement », met en garde William de Vijlder, qui ne croit cependant pas à la réédition exacte de ce scénario. « La conjoncture économique est bien meilleure, et les liquidités sont toujours abondantes », commente l’expert de BNP Paribas IP.

Le mirage d’une vraie reprise

« C’est sans doute parce que la Réserve fédérale (Fed) a anticipé la dureté des discussions politiques à venir concernant le budget et le plafond de la dette qu’elle n’a pas annoncé, à l’issue de la dernière réunion des membres du Federal Open Market Committee (FOMC), le démarrage, ni le calendrier, d’un éventuel resserrement monétaire ('tapering') », analyse Philippe Troesch, directeur des gestions de Meeschaert Asset Management. La politique monétaire américaine « est menée très intelligemment. Le montant des injections de liquidités sera réduit en temps voulu », estime le gestionnaire.

Lorsque cette heure viendra, il n’est pas certain que les marchés actions corrigent de façon marquée : « Les boursiers considéreront alors que l’embellie conjoncturelle, propice à une croissance des bénéfices plus soutenue, est suffisamment solide pour prendre le relais de la politique monétaire assouplie, argumente William De Vijlder. Les primes de risque diminueront. Les investisseurs accepteront des ratios cours sur bénéfices plus élevés. »

Le soutien actuel des marchés actions européens est aussi en grande partie d’ordre monétaire. Les investisseurs apprécient la perspective d’un prochain lancement d’une « long term refinancing operation » (LTRO, refinancement long des banques) de la part de la Banque centrale européenne (BCE). La crise politique italienne initiée par Silvio Berlusconi, l'ancien président du Conseil, pour destituer le gouvernement d'Enrico Letta, s'est terminée en mascarade. Après plusieurs jours de suspens, le gouvernement d'Enrico Letta, dont la survie en période de discussions budgétaires était cruciale mais remise en jeu, a obtenu haut la main la confiance du Sénat. « Cette fois, il n’y a pas eu de contagion aux autres places européennes, observe Philippe Troesch. Le marché italien a été le seul à varier en fonction de l’évolution de son sujet de politique intérieure. »

L’espoir de reprise de l’activité en zone euro constitue aussi un moteur de performance des Bourses européennes. Etant donné la faible dynamique de l’investissement des entreprises et de leurs chiffres d’affaires en zone euro, le tableau d’un véritable rebond conjoncturel ressemble plutôt à un mirage. « Les analystes financiers n’ont pas cessé de diminuer leurs estimations de résultats pour 2013 », constate Bernard Aybran, directeur de la multigestion d'Invesco AM. En juin dernier, ceux-ci s’attendaient à une augmentation des bénéfices des entreprises européennes de 5,1 %. Aujourd’hui, ils prévoient un accroissement de seulement… 1 %. « Les analystes financiers ont reporté leurs attentes de 2013 sur 2014 », relève l’expert : les bénéfices européens attendus pour 2014 sont de 13 %. Au vu de leur volatilité, « ces calculs ont-ils un sens ? », peut-on se demander.

Si la majorité des investisseurs affiche leur confiance sur la fin de la récession en Europe, la prudence est de mise concernant les marchés émergents, « dont certaines valorisations recommencent à devenir intéressantes », indique cependant Bernard Aybran. Le directeur de la multigestion d’Invesco AM conseille toutefois d’attendre encore un peu que les pays, récemment pénalisés en Bourse en raison de la fragilité de leur balance courante, se remettent des effets de la récente chute des devises qu’ils ont subis. Les banques centrales peuvent permettre d’éviter le pire, mais elles ne peuvent pas endiguer toute la volatilité.

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