Les actions européennes résistent à la dépréciation des devises émergentes

le 24/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Le marché regarde avant tout la croissance organique. Un effet de change négatif à court terme peut se transformer en atout par la suite.

Les sorties de capitaux qui ont affecté les économies émergentes tout au long de l’été n’ont pas eu que des répercussions locales. La correction des devises des pays touchés qui s’en est suivie peut aussi avoir des effets sur les résultats des entreprises européennes, et par ricochet sur leur valorisation boursière. La prime qui était accordée les yeux fermés aux sociétés européennes les plus exposées aux marchés émergents pourrait s’étioler, sans pour autant fragiliser l’ensemble de la cote. Tangi Le Liboux, analyste d’Aurel BGC, calcule que « les pays émergents ne représentent pas plus de 20 % des bénéfices totaux des sociétés cotées en Europe. En considérant, par exemple, une baisse de 10 % d’un panier de devises émergentes face à l’euro, c’est au maximum 2 % des bénéfices qui s’envoleraient ».

Multiples facettes

La société FiREapps, quant à elle, évalue à 4 milliards de dollars la perte enregistrée au deuxième trimestre par les 95 sociétés américaines qui ont quantifié le coût des variations de devises sur une base trimestrielle. Sur les 800 multinationales américaines suivies par FiREapps, 233 ont fait état d'un effet change négatif sur leurs ventes et bénéfices. Au troisième trimestre, cet effet devise pourrait dépasser celui comptabilisé au cours des deux premiers trimestres de l’année car les devises émergentes délaissées ont poursuivi leur dépréciation jusqu’à mi-septembre. Et celles qui se sont reprises n’ont pas encore regagné le terrain perdu.

Toutes les entreprises ne sont pas concernées au même degré. Au sein de l’indice EuroStoxx 50, « ce sont les représentants des secteurs boisson et alimentation, biens de consommations qui sont les plus exposés aux pays émergents », indique Tangi Le Liboux. Cela ne veut pas dire pour autant que leurs résultats effets de change inclus seront mal accueillis par le marché. Le jour de la publication de ses résultats semestriels, Casino, qui a dévoilé une baisse de 5,2 % des ventes à l'international (elles représentent 60 % de son chiffre d’affaires) en raison des effets de change, a vu son titre enregistrer l’une des plus fortes hausses de la séance à Paris. « Nous surveillions surtout la croissance organique, hors effet de change », explique Sébastien Lalevée, gérant, directeur général de Financière Arbevel. En l’occurrence, en données comparables, les ventes de Casino à l’international ont progressé de 12,6 %, tirées par le dynamisme de sa filiale de distribution brésilienne Grupo Pao de Açucar et de sa filiale, Viavarejo. Pour d’autres groupes, « tel Seb, présent dans de multiples pays, les effets de change peuvent tout à fait s’équilibrer », estime Sébastien Lalevée.

Aux yeux des analystes financiers et du marché, l’effet de change ne serait-il qu'une donnée comptable ? « Si la compétitivité de l’entreprise est mise à mal, non. Il faut regarder l’évolution de l’écart entre la devise de production - de coûts pour la société - et celle de facturation », répond le gérant. Si cette différence évolue au détriment des marges, l’entreprise songera sans doute à délocaliser ses centres de production afin de se rapprocher de ses clients. « Elles n’aiment pas subir la volatilité des devises », constate Tangi Le Liboux.

Une autre façon de limiter l’effet de la dépréciation de la devise de facturation par rapport à celle de production est de remonter les prix de ventes. « Toutes les entreprises ne peuvent pas se le permettre », rappelle Matthias Born, gérant d'actions européennes chez Allianz Global Investors. Il n’est pas certain que ses clients l’acceptent. Un mauvais prix peut être néfaste. « Cela dépend de la force de la marque. Dans le luxe, c’est plus facile« , observe le gérant d’actions européennes. « Attention à la concurrence ! Elle progresse, en particulier en Asie où les groupes locaux investissent de nouveaux segments », avertit Matthias Born. Gagner ou conserver ses parts de marché dans les économies émergentes n’est plus aussi simple qu’avant.

Les clients peuvent aussi souffrir de la dépréciation de la devise locale. « La baisse du real va doublement pénaliser Vallourec en cette fin d’année », expose Tangi Le Liboux. En raison de la conversion négative du chiffre d’affaires réalisé en real, mais aussi parce que Petrobras, affecté par le repli de la devise brésilienne par rapport au dollar (une devise de ses achats), va réduire le tonnage des tubes commandés. « On peut penser que Petrobras ne pourra indéfiniment reporter ses investissements en tubes premium », relativise cependant l’analyste, soulignant que « Vallourec pourra peut-être exporter de son usine brésilienne, devenue plus compétitive, vers des projets situés au Moyen-Orient ou en Asie ». La baisse des devises émergentes peut procurer des effets d'aubaine. 

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