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Actions émergentes, sélectivité et diversification sont au menu

le 14/03/2013 L'AGEFI Hebdo

Déçus par les BRIC*, les gestionnaires visitent d’autres pays émergents et se méfient des effets de la dépréciation du yen sur les places d'Asie.

Digestion. L’heure est à un peu plus de modération sur les marchés émergents. Pour la première fois depuis début septembre, les fonds d'actions émergentes ont subi des rachats, selon les estimations du cabinet de recherche EPFR Global concernant la dernière semaine de février. « Depuis janvier, la collecte demeure largement positive, de 31,4 milliards de dollars, à comparer à 51,3 milliards pour l’ensemble de l’année 2012 », relativise cependant Matthieu Belondrade, gérant de portefeuille et analyste zones Amérique latine & Emea** de Natixis Asset Management.

La réduction actuelle des positions en actions s’explique par la remontée de l’aversion pour le risque des investisseurs occidentaux, préoccupés par les résultats des élections italiennes de février. L’absence de majorité politique dans la péninsule fragilise l’engagement de discipline budgétaire et la mise en œuvre des réformes structurelles précédemment envisagées. Or ces deux conditions sont nécessaires afin de bénéficier, si besoin en était, de l’OMT (Outright Monetary Transactions), le programme d'achats de titres publics dévoilé par la Banque centrale européenne (BCE) le 6 septembre dernier.

Concurrence japonaise

Le risque politique européen n’a pas été le seul à éroder l’euphorie du second semestre 2012. La baisse substantielle du yen par rapport au dollar a pesé aussi sur les Bourses des pays asiatiques dont la cote est peuplée d’entreprises exportatrices concurrentes de celles du Japon. « Jusqu’à présent, la sous-performance de l’Asie vis-à-vis du reste du monde émergent a été limitée, de 1 % depuis début décembre, expose ING Investment Management. Mais elle s’est produite tandis que les chiffres économiques de la Chine restaient solides. La croissance chinoise étant habituellement la principale force motrice des actions asiatiques, nous en concluons que la politique de relance japonaise a eu un effet négatif plus important que ce que le chiffre de sous-performance suggère. » Selon le gestionnaire d’actifs, tant que le yen continuera de se déprécier et que les spéculations à propos de mesures de relance plus agressives subsisteront, les marchés d’actions de la région devraient rester sous pression. Les pays d’Asie émergente les plus vulnérables seraient la Corée du Sud, la Malaisie et Taiwan, estime Natixis qui les a passés au crible selon trois critères : l’importance des exportations japonaises pour les économies émergentes, le degré de concurrence avec le Japon sur des marchés tiers et, en dernier lieu, la solidité de leur demande domestique. Les effets de la dépréciation du yen sur Taiwan « sont moins importants que sur la Corée. Les entreprises taïwanaises sont plus impliquées dans les chaînes de production japonaises », nuance Eam Soun Chhoa, gérant de portefeuille et analyste zone Asie émergente de Natixis Asset Management. La Malaisie non plus ne mérite pas d’être totalement écartée des investissements. « Sa cote est très diversifiée, permettant de jouer plusieurs scénarios, dont celui de la croissance de la demande intérieure ou de la reprise de l’activité à Singapour », précise Alexei Jourovski, responsable de l’équipe actions d’Unigestion.

Le savoir-faire des gérants en matière de sélection d’actions suivant la valeur intrinsèque des entreprises (stock-picking) est donc essentiel. La valorisation d’une société cotée sur une place émergente ne dépend pas que des fondamentaux macroéconomiques de son pays ou de l'économie mondiale. « Les deux tiers de la performance des portefeuilles investis en actions émergentes viennent du choix des titres », rappelle Stéphane Barthélemy, gérant senior de State Street Global Advisors. Dans ce contexte, outre les perspectives de résultats, la gouvernance des sociétés ciblées doit être scrutée, dont « la constance dans l’application des méthodologies comptables ou le degré d’indépendance des conseils d’administration », insiste Alexei Jourovski.

Dans cette optique de limitation des risques, « la diversification géographique du portefeuille émergent est primordiale », indique Stéphane Barthélemy : la corrélation boursière entre les pays émergents est inférieure à celle existant entre les divers secteurs d’activité. Cette tactique de diversification incite à visiter d’autres pays que les BRIC*, et cela d’autant plus que, à l’heure actuelle, leurs perspectives de croissance laissent les experts sur leur faim. « Au quatrième trimestre, l’activité brésilienne n’a pas été brillante, commente Matthieu Belondrade. Malgré toutes les initiatives de relance, la croissance peine à repartir. Une prévision de hausse du PIB de 2 % pour 2013, c’est une vraie déception. »

Quand ils ne sont pas ballottés par des risques politiques, « les marchés les moins liquides sont ceux qui performent le plus », observe Stéphane Barthélemy. Cela explique que les gestionnaires d’actifs soient friands des histoires de rattrapage, telles celles, par exemple, des Philippines ou de la Colombie.

*Brésil, Russie, Inde, Chine.

** Europe, Moyen-Orient, Afrique.

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