DOSSIER Post-marché

Les acteurs jouent l’atout sécurité

le 17/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Les spécialistes des titres bénéficient de l'aversion aux risques. Le nouveau cadre européen marque un tournant.

Les acteurs jouent l’atout sécurité

Les conservateurs de titres tirent décidément leur épingle du jeu depuis la crise. En dépit de la chute des marchés, les chiffres de l’année 2011 apparaissent satisfaisants pour les grands acteurs français (voir le tableau). « Sur l’ensemble de l’année 2011, même si la situation de nos clients a été contrastée, nous enregistrons de bonnes performances en croissance des revenus comme en résultat, indique Jean-Marc Pasquet, responsable région France Belgique pour BNP Paribas Securities Services (BP2S). Les baisses d’activité et de valorisation des actifs en portefeuille ont pu être équilibrées notamment par de nouveaux clients et par notre expansion géographique. » Le fait est que les spécialistes du post-marché continuent d’afficher des stratégies ambitieuses. « Comme l'activité de conservation et de règlement-livraison est peu consommatrice de fonds propres sous Bâle III - car les risques de contrepartie et de crédit sont limités -, tout en rapportant de la liquidité, elle se trouve à présent très valorisée dans les banques françaises », explique Vincent Lefèvre, directeur services financiers chez Sopra Consulting. Société Générale Securities Services (SGSS) vient d'ailleurs de lancer une réorganisation ambitieuse. « A une organisation par produits et lignes de métiers, nous substituons une approche plus globale, afin que nos clients bénéficient d’une offre transversale », indique Bruno Prigent, directeur de SGSS.

Externalisation

L'environnement difficile côté marchés n’a pas eu que des impacts négatifs pour les volumes d’affaires des conservateurs. « Aiguillonné par les investisseurs, le monde de la gestion se pose des questions fondamentales sur son fonctionnement et les acteurs se concentrent sur la distribution, souligne Raphaël Remond, directeur général de State Street Banque. La structure des coûts est revue et l’externalisation des fonctions de dépositaire et de valorisateur se pose de plus en plus. » L'italien Credem vient ainsi de céder à BP2S ses activités de banque dépositaire.

La tendance amène aussi l’activité de certains conservateurs à s’étendre jusqu’aux frontières du post-marché, dans l’exécution. « Les problématiques de volumes et la capacité à gérer de multiples courtiers deviennent des enjeux plus forts car les principes de 'best execution' de la MIF (Marchés d'instruments financiers, NDLR) et de traçabilité des flux pèsent davantage, note Jean-Marc Pasquet. Nous proposons ainsi aux gérants une activité de négociation pour compte de tiers. Notre taille critique nous permet de leur faire bénéficier de compétences sur tous les marchés et tous les instruments. »

Mais c’est l’attention accrue portée aux risques qui constitue assurément le premier moteur aux développements dans le post-marché. « L’activité de dépositaire représentant notre cœur de métier (avec la valorisation et la conservation), nous offrons ainsi un gage de pérennité aux gestions, de même que notre notation les rassure », témoigne ainsi Raphaël Remond.

Après les affaires Madoff et Lehman Brothers, les dépositaires indépendants qui interviennent pour le bénéfice de leur propre groupe semblent en retrait. « Il reste une quarantaine de dépositaires d’OPCVM en France mais les niveaux d’exigences sur la sécurité des avoirs et les outils informatiques devraient les amener à s’interroger sur la notion de masse critique et, le cas échéant, à externaliser les opérations, anticipe Philippe Dupuis, directeur général de Caceis Bank France et Caceis Fund. Une évolution dont nous bénéficions. »

Opération phare de ces derniers mois, l’appel d’offres remporté par BP2S auprès de la Caisse des dépôts pour des prestations de tenue de comptes et de conservation a été placée sous le signe des risques. « Cette relation répond aux enjeux de sécurité des avoirs de la Caisse des dépôts et de ses clients », a déclaré le gestionnaire. « Les clients sont plus sensibles aux risques en général : alors qu’il y a trois ou quatre ans, la question se posait peu, aujourd’hui c’est systématique, ils nous interrogent sur notre notation et sur le contrôle de nos processus », confirme Jean-Marc Pasquet.

En pratique, l’extension des interventions des conservateurs a été notamment soutenue par la perspective de la directive Emir et la généralisation de la compensation jusqu’aux dérivés de gré à gré. « Emir prévoit le recours accru à des nantissements de titres et la sécurisation des flux de paiements, rappelle Philippe Dupuis. Nous y sommes favorables. »

Le « collateral », nantissement de titres en garantie de transactions avec paiement différé, fait l’objet d’offres en vue d’optimiser ces actifs. « Nous travaillons à une offre en architecture ouverte, afin que nos clients puissent compenser leurs opérations où ils le souhaitent pendant que nous prendrons en charge le règlement de leurs appels de marge et l’optimisation de leur 'collateral' », expose Bruno Prigent. Le traitement automatisé des nantissements sur toute la chaîne du post-marché devient possible. « La compensation est logée dans la filiale Securities Services, ce qui nous paraît dégager plus de synergies avec nos autres services de conservation que si elle était liée à l’exécution, notamment en matière de gestion du 'collateral', expose Jean-Marc Pasquet. Nous intégrons d’ailleurs dans la conservation un outil de la banque d’investissement sur la gestion du 'collateral'. »

En cours de transposition, la directive AIFM joue également en faveur d’une extension du champ d’intervention des acteurs. « Notre expertise sur les gestions non traditionnelles nous amène à conserver les actifs d’environ 80 sociétés de 'private equity' et 'hedge funds', fait savoir Philippe Dupuis. Avec la directive AIFM qui va exiger une valorisation contradictoire des actifs dans le secteur alternatif, nous tablons sur une activité accrue. »

Restitution d’actifs

Surtout, la directive précise les responsabilités du dépositaire, un volet très attendu par les champions nationaux, d’autant que le texte européen présente des similitudes avec le schéma français actuel. « La directive a l’avantage d’harmoniser les responsabilités des dépositaires en Europe et elle a introduit, au regard de l’obligation de restitution des actifs, une distinction bienvenue entre les actifs en conservation auxquels s’applique cette obligation et les actifs pour lesquels n’est offerte qu’une simple tenue de position, rapporte Eric de Nexon, directeur des relations de place chez SGSS. Cependant, le niveau de responsabilité du dépositaire pour les actifs en conservation ne nous paraît pas réaliste, puisqu’il va au-delà de ce que ce dernier peut effectivement contrôler » (lire aussi l'entretien). Dans le cas où la définition actuellement proposée du niveau de responsabilité serait confirmée, les dépositaires pourraient reconsidérer les fonds conservés et la couverture géographique de leur offre.

« Les dépositaires vont devoir contrôler encore davantage leur réseau de sous-dépositaires, ce qui valide le choix de BP2S de bâtir un réseau propre d’implantations », précise Jean-Marc Pasquet. De fait, plus de 80 % des valeurs de ses clients, traitées sur les marchés domestiques, sont conservées chez BP2S directement. A l'inverse, le projet T2S d'harmonisation du règlement-livraison doit rendre l'offre internationale plus facile...

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