Accalmie pour le Trésor espagnol, les non-résidents reviennent

le 07/02/2013 L'AGEFI Hebdo

Leur retour n'est pas sans risque. Les fondamentaux de l'économie ibérique demeurent fortement dégradés.

Désertée l’an dernier par les investisseurs étrangers, la dette espagnole suscite de nouveau leur intérêt. Une bonne nouvelle pour le Trésor espagnol qui a prévu d’émettre cette année un total de 121,3 milliards d’euros, soit 7,6 % de plus qu’en 2012.

Lors de sa première émission d’obligations à deux, cinq et treize ans début janvier, il a levé 5,8 milliards d’euros avec des taux d’intérêt en nette baisse par rapport à l'an dernier. A la fin du mois, l’engouement des investisseurs pour l’emprunt espagnol atteignait son summum. L’émission syndiquée d’obligations à 10 ans à un taux de 5,4 % a suscité une demande de 24 milliards d’euros, « un record jamais atteint dans toute l’histoire du Trésor espagnol », se réjouissait Luis de Guindos, ministre de l’Economie, devant ses pairs de l’Eurogroupe. Le Trésor a pu lever 7 milliards d’euros.

La dette espagnole n’est plus boudée et attire de nouveau 60 % d’investisseurs non résidents, intéressés par les hauts rendements offerts. Ont profité de l’accalmie la région de Madrid, qui a pu lever 1 milliard d’euros en émettant des obligations à 5 ans à un taux de 5,825 %, mais aussi les entreprises de la péninsule. BBVA, la deuxième banque espagnole, a pu placer auprès d’investisseurs étrangers 1,5 milliard d'euros à travers une émission obligataire à cinq ans, mais aussi Telefonica, Gas Natural, Banco Popular et Caixabank. Une véritable bouffée d’air pour le refinancement des dettes du secteur privé. « Les obligations des entreprises espagnoles ont longtemps été pénalisées en raison du risque pays », explique Javier Saenz de Cenzano, directeur de l’analyse de Morningstar.

Ce regain d'intérêt a de quoi surprendre au vu des indicateurs économiques loin d’être au beau fixe. Au moment où Luis de Guindos se réjouissait du succès de l’émission syndiquée, le ministre de l’Industrie José Manuel Soria annonçait que le gouvernement n’avait pas réussi à réduire son déficit public : au lieu de l’objectif fixé de 6,4 %, celui-ci s’élevait à 6,9 % du PIB.

6 millions de chômeurs

Puis peu de temps après tombèrent d’autres chiffres peu réjouissants : un chômage à 26,02 % de la population active, soit presque 6 millions de chômeurs, avec un triste record de 55,1 % chez les jeunes et 1,8 million de foyers dont tous les membres sont au chômage, et un PIB qui a reculé de 0,6 % au quatrième trimestre 2012. Sans oublier que la note de la dette espagnole est sous la menace d'une dégradation en high yield par les agences de notation.

Comment expliquer cet engouement puisque, selon Miguel Angel Bernal, professeur d’économie à l’IEB, les marchés sont « conscients que les mesures adoptées ont étouffé l’économie et aggravé la crise ». Pour Iñaki Gabilondo, directeur associé du cabinet Freshfields, la réponse est liée à l’euro. Il y a eu un « avant et [un] après l’été 2012 ». « Avant l’été, il y avait une grande incertitude sur le maintien de l’Espagne au sein de l’euro, souligne-t-il. Mais après l’été, les doutes se sont dissipés avec l’évolution de la restructuration bancaire et l’éventuelle aide européenne à l’Espagne. » Pour Javier Saenz de Cenzano, « les propos du président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi fin juillet ont réussi à calmer le jeu ». Selon lui, le récent intérêt des investisseurs « n’est pas un indicateur de récupération économique mais le signe d’un retour de la confiance dans la capacité du pays à payer les échéances de ses dettes ».

Rassurés les investisseurs l’ont donc été grâce aux engagements de la BCE (programme outright monetary transactions) qui a promis de racheter les obligations des pays sur la liste des candidats au sauvetage. Et puis, « les fonds d’investissement doivent suivre une politique de diversification du risque, souligne Iñaki Gabilondo. Ils ne peuvent pas mettre tous les œufs dans le même panier. Et l’Espagne est quand même la quinzième économie au monde ».

Mais combien de temps va durer l’accalmie ? Le quotidien El País rappelle qu’en 2012, les flux d’investissement des non-résidents en dette espagnole avaient enregistré leur plus forte chute en seize ans. Les opinions divergent sur la question. Si Javier Saenz de Cenzano pense que le phénomène va se consolider et que la prime de risque se réduira à des niveaux proches de celles d’autres pays de la zone euro, Miguel Angel Bernal reste sceptique et estime que cet enthousiasme est monentané. Pour Iñaki Gabilondo, tout dépendra de la manière dont seront conciliées les mesures d’austérité avec les mesures en faveur de la croissance afin de résoudre pour de bon le problème de l’incertitude.

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